11.4.07

ISRAEL - IRAN ( partie II )

4. Le paradoxe de la « stabilité-instabilité »

S'il est difficile d'établir un modèle prévisionnel véritablement fermé et aisément reproductible en matière de relations entre Etats détenteurs de l'arme atomique et engagés dans une relation mutuelle de dissuasion, ainsi que je l'ai indiqué plus haut, et malgré le peu de recul historique que nous ayons (soit un peu plus de soixante ans), il semble bien qu'il existe des règles de la dissuasion, sortes de balises qui s'élaborent et se découvrent délicatement au cours du temps par les duellistes, à travers l'affrontement auquel ils se livrent, avec le risque permanent de dérapage et d'erreur pouvant mener au désastre. L'une de ces règles est ce que les spécialistes des questions nucléaires et stratégiques appellent le « paradoxe de la stabilité-instabilité ».

Ce dernier repose sur l'idée que l'introduction de forces nucléaires diminue le risque de conflits conventionnels de haute intensité mais augmente celui de la multiplication de petits conflits, autrement appelés conflits de basse intensité. Cette théorie a été plusieurs fois formulée par les stratèges de la guerre froide et exprimée par des auteurs tels que Kenneth N. Waltz, Glenn Snyder (auquel revient la paternité de l'expression de ce paradoxe), André Beaufre ou Pierre Marie Gallois, pour ne citer qu'eux.

Ainsi, on aurait deux cas de figure possibles : dans le premier, nous serions confrontés à une relation hautement instable qui amènerait à chaque instant les deux protagonistes au bord du précipice, augmentant considérablement le risque d'escalade, à la suite d'un calcul erroné ou d'une confiance trop grande d'un des acteurs dans ses chances de succès ; dans le second, ce serait plutôt l'émergence d'une situation d'équilibre qui s'affirmerait, tant le système serait stable, et les adversaires écarteraient dès lors toute décision ou action aventureuse susceptible de les faire basculer dans l'irréparable et de dégénérer en cataclysme.

La différence entre ces deux types de relation dissuasive ? La notion de capacité de secondes frappes qui assure à chacun des protagonistes d'être détruit à son tour s'il venait à vitrifier l'autre dans une attaque atomique en premier, fût-ce par surprise. Cette capacité ne peut être assurée que par un certain nombre de moyens techniques dont, en premier lieu, le développement de capacités de riposte sous-marines, le submersible étant pratiquement indétectable à l'échelle de la planète, tapi au fond de l'océan et prêt, à tout moment, à déclencher le feu nucléaire sur un possible agresseur.

Lorsque deux Etats ont accédé à l'arme suprême mais ne possèdent pas encore de véritables capacités de frappe en second, il convient de parler de stabilité relative, aucun des territoires des deux protagonistes n'étant à proprement parler sanctuarisé par l'existence de forces nucléaires protégées, c'est-à-dire océaniques.

Par contre, une fois la mise en œuvre de capacités de frappe en second assurée par les deux pays, on peut alors parler de paralysie mutuelle, avec les conséquences décrites plus haut en matière d'émergence de conflits.


A. Stabilité relative

Si l'Iran accédait au nucléaire militaire, force est de constater que les conditions requises d'un équilibre parfait entre ce pays et Israël ne seraient pas réunies. Tout d'abord, on peut remarquer l'absence de capacités réelles de secondes frappes des deux côtés. Côté iranien, les trois sous-marins de classe kilo mis en œuvre par sa marine ne peuvent pas accueillir de missiles balistiques à tête nucléaire. De plus, il semble que les Iraniens ne disposent pas non plus de missiles de croisière pouvant offrir une alternative sérieuse à cette incapacité à bord de ses submersibles.

Par contre, les Israéliens semblent avoir pris la mesure des défis qui les attendent, en cherchant à renforcer leur flotte sous-marine en vue d'une possible nécessité de constituer une véritable capacité dissuasive envers Téhéran. Ainsi, les trois sous-marins de la classe Dolphin, acquis en 1999 auprès de l'Allemagne, seront bientôt rejoints par deux autres (20). Si ces bâtiments ne sont pas prévus pour embarquer des missiles balistiques à charge nucléaire, il semble néanmoins qu'ils aient été équipés de 4 tubes de 650 mm susceptibles de tirer le missile de croisière Popeye Turbo. Le flou persiste autour de ce dernier et les chiffres divergent quant à sa portée. Dérivé de l'AGM 142, il aurait une portée de près de 200 à 300 km. Certains experts estiment cependant que le missile pourrait atteindre jusqu'à 1500 km (21). Info ou intox destinée à préserver le flou sur les capacités de la Heyl Hayam en rapport avec la doctrine d'ambiguïté nucléaire israélienne ? Toujours est-il qu'Israël dispose d'une industrie de défense à la pointe de la technologie et qu'il appartient au club très fermé des puissances capables de concevoir elles-mêmes des missiles de croisière. La possibilité que l'Etat hébreux ait développé un missile de croisière à changement de milieu doté d'une grande portée n'est donc pas inenvisageable et s'il ne l'a pas encore fait, on peut considérer qu'il en possède d'ores et déjà la base technologique et industrielle nécessaire.

Outre la capacité de frappe en second de part et d'autre, actuellement inexistante entre Israël et l'Iran, comme on vient de le voir, il faudrait aussi, pour assurer une véritable stabilité dissuasive entre ces deux pays, qu'ils disposent de moyens de commandement, de contrôle et d'alerte élaborés et surtout fiables. En effet, il est primordial de pouvoir mettre en œuvre des moyens de détection très en amont de la menace, grâce à des satellites, afin de repérer les missiles dès leur lancement, tracer leur trajectoire, transmettre les informations très rapidement grâce à des moyens de communication sûrs, afin de pouvoir donner l'alerte. Des chaînes de commandements claires et éprouvées par des procédures réversibles doivent être mises en place afin de pouvoir traiter l'information en temps réel, discriminer les fausses alertes des bonnes et présenter de capacités de réaction efficaces. Le but étant évidemment d'éviter tout accident !

Ici encore, il faut bien constater que les conditions ne sont pas remplies pour assurer une quelconque stabilité. Sur le plan technique, Israël dispose d'une avance considérable grâce à ses satellites d'observation. Cependant, ces moyens ne sont pas encore complets pour fournir lui les capacités suffisantes à un traitement précoce de la menace iranienne. Quant à l'Iran, tout reste à faire, et ses faibles moyens technologiques et financiers ne lui permettent pas d'envisager une parité avec Israël dans le domaine spatial à court ou moyen terme. Quant aux moyens de contrôle et de commandement, il faut souligner ici le niveau correct en ce qui concerne les compétences techniques du personnel militaire (22). La récente guerre au Liban a par ailleurs confirmé les aptitudes élevées du Hezbollah, encadré par les Pasdarans, à mettre en œuvre des matériels complexes et à préserver une chaîne de commandement efficace même dans des conditions extrêmes et précaires.

Comme si cela ne suffisait pas, il faut encore déplorer l'absence de moyens de communication directs entre les deux pays. Rappelons que l'Iran ne reconnaît pas Israël. Par conséquent, ces deux pays ne jouissent d'aucun canal diplomatique. Il s'agit là d'une situation pour le moins singulière, propre à mettre en danger la région tout entière et peut-être même au-delà, à la moindre crise, au cas où l'Iran disposerait de l'arme atomique. Souvenons-nous que, même au plus fort de la guerre froide, comme lors de la fameuse crise de Cuba de 1962, les Etats-Unis et l'URSS disposaient de relations diplomatiques. Evidemment, l'idée même d'un téléphone rouge entre Israël et l'Iran paraît dès lors exclue pour ne pas dire loufoque. Tout cela ne présage rien de bon, quand on a réalisé à quel point la dissuasion est un dialogue hautement délicat entre deux pays, comme nous l'avons vu plus haut.

On le comprend, vu l'absence des conditions nécessaires à l'émergence d'un équilibre nucléaire entre l'Iran et Israël, le Moyen-Orient ne gagnerait rien en stabilité. Cette situation précaire pourrait d'ailleurs perdurer. Une étude récente tend d'ailleurs à démontrer qu'un système de dissuasion connaît ses crises les plus graves pendant les deux premières décennies (23). On est bien loin de la vision apaisante du président français.

Evidemment, ce temps serait consacré à une course à l'armement, relancée par le programme nucléaire iranien. Celle-ci toucherait tous les domaines militaires liés à la dissuasion entre les deux pays : les missiles évidemment, aussi bien les engins balistiques que les missiles de croisière. Chose inattendue, l'introduction de ces derniers pourrait, par exemple, entraîner celle d'avions de dernière génération comme le F-22, côté israélien, afin de contrer cette menace (24). On pourrait voir évoluer les charges nucléaires elles-mêmes. Israël développerait-il des armes plus puissantes avec le passage au thermonucléaire ? Verrait-on l'apparition progressive de MIRV destinés à mettre en échec les systèmes antimissiles balistiques (ABM) comme le Hetz israélien ? Ces derniers connaîtraient sûrement des développements plus poussés encore avec l'apparition de lasers terrestres ou aéroportés (pensons au système ABL américain), voire de drones. Au-delà, c'est la militarisation de l'espace qui s'ouvrirait au Moyen-Orient, pour les raisons précitées. Enfin, la doctrine israélienne de l'ambiguïté serait-elle maintenue ou abandonnée ? Israël procéderait-il à un essai, au risque de provoquer une grave crise à son tour ?

En réalité, parallèlement à l'évolution de la menace iranienne, cette course aux armements a déjà commencé. Du côté iranien, on s'est lancé dans la course aux moyens balistiques, tandis qu'Israël améliore encore son système d'intercepteur Hetz. Les Israéliens ont ainsi procédé à un nouvel essai de ce missile antimissile balistique, le 11 février dernier (25), et semblent vouloir accélérer la mise en œuvre d'un autre prochainement (26). Récemment, ils ont même annoncé l'étude d'un drone géant de type HALE (High Altitude Long Endurance) par la firme IAI (27), tandis qu'ils s'efforcent de renforcer leurs moyens sous-marins. Manifestement, les Israéliens se préparent au pire. Est-ce dans cette optique qu'il faut replacer les déclarations controversées d'Ehoud Olmert, en Allemagne, laissant entendre qu'Israël possède l'arme atomique (28) et celles de Robert Gates, au cours de son audition devant le sénat américain, allant dans le même sens ? Serait-on en train de préparer le terrain entre Jérusalem et Washington à une possible accession de l'Iran au rang de puissance nucléaire ?


B. Paralysie mutuelle et stratégie indirecte

Mais admettons, par pure hypothèse, qu'il ne faille non pas 20 ou 30 ans mais un jour pour voir réunies toutes les conditions d'équilibre posées plus haut, et dont on vient de constater la cruelle absence entre Israël et l'Iran : nous verrions alors apparaître ce qu'on appelle une situation de paralysie mutuelle. La région en serait-elle pour autant stabilisée ?

Hélas, le problème est bien connu des spécialistes depuis maintenant plusieurs décennies : ce cas de figure, s'il diminue fortement la tentation d'affrontement direct entre deux puissances, augmente au contraire, presque en réaction, le risque de conflit indirect. En effet, la liberté d'action de chacun des deux Etats se réduisant avec l'efficacité grandissante de leurs capacités mutuelles de dissuasion, crédibilisées, comme l'avons vu, par l'élaboration de capacités avérées de seconde frappe, la possibilité d'un affrontement conventionnel se verrait sérieusement remise en question. Il est vrai que le risque d'escalade deviendrait beaucoup trop important. On se souvient ici de l'équation posée plus haut entre risque et enjeu : la perspective d'un anéantissement mutuel serait alors inévitable, invalidant dès lors l'option de la guerre directe.

Par conséquent, le seul moyen qui resterait alors à disposition se présenterait sous la forme d'une stratégie indirecte. Ces dernières années, stratèges et autres analystes ont recensé de nouvelles formes d'affrontement correspondant à ce type d'approche : guerres asymétriques, conflits de basse intensité, terrorisme. Ces nouveaux visages de la guerre remettent en question les conceptions occidentales fondées sur une vision trinitaire (29) et capacitaire de la guerre. Ils ont même pris une part prépondérante dans l'actualité internationale. Qu'on songe à l'intifada, à la guerre en Irak, au développement d'Al Qaeda et de la mouvance de ce qu'on a pris pour coutume d'appeler le terrorisme international. Pensons à la Somalie d'aujourd'hui (30) ou au Vietnam d'hier.

En réalité, on l'a compris : une paralysie mutuelle entre Israël et l'Iran ne ferait que renforcer la situation d'instabilité structurelle du Moyen-Orient déjà présente actuellement, car elle augmenterait le risque asymétrique dans la région et au-delà (31) !

La stratégie de l'Iran consisterait donc en l'exploitation de la paralysie d'Israël, dont la force de dissuasion serait court-circuitée dès lors que Téhéran serait en mesure d'accéder à une parité nucléaire crédible. C'est ici un grand paradoxe. La dissuasion israélienne a parfaitement fonctionné jusqu'ici et ce, depuis trente ans... parce qu'aucun de ses adversaires ne possédait l'arme atomique. La possibilité d'affrontement conventionnel s'est vue sensiblement limitée. Même la miniguerre entre Israël et la Syrie, à l'occasion de l'opération israélienne Paix en Galilée de 1982, s'est limitée dans le temps et dans l'espace, aucun des deux protagonistes ne sortant des limites du territoire libanais pendant les 5 jours qui les ont opposés. Le conflit israélo-arabe s'est donc transposé progressivement sur un mode indirect, prenant ainsi le visage actuel du conflit israélo-palestinien. Même la récente guerre au Liban a vu Israël engager ses forces contre une techno-guérilla exploitant au maximum la dimension asymétrique du conflit. Néanmoins, avec l'émergence d'une nouvelle puissance nucléaire dans la région, au cas où l'Iran obtiendrait la technologie nucléaire, la dissuasion israélienne ne fonctionnerait plus de la même manière. Certes, elle serait pleinement efficace dans le cadre évoqué ci-dessus de paralysie mutuelle, en ce qui concerne la possibilité d'affrontement direct, mais s'accompagnerait d'une limitation substantielle de la liberté d'action d'Israël, au bénéfice de l'Iran et, de manière plus générale, de ses ennemis.

L'Iran, doté d'un arsenal atomique, pourrait donc aisément profiter de ce nouveau rapport de forces en instrumentalisant autant que possible les forces arabes de la région. La Syrie, le Liban avec le Hezbollah, les forces palestiniennes dont, surtout, le Hamas, représenteraient des pions privilégiés d'un Iran hégémonique et devenu invulnérable par la vertu sanctuarisante de l'atome. La guerre de cet été ne serait-elle qu'un avant-goût de ce qui pourrait arriver si l'Iran parvenait à l'arme atomique, avec la multiplication de champs de bataille « neutres », asservis à des logiques de harcèlement ?

Au-delà, c'est la communauté internationale elle-même qui se verrait impliquée et instrumentalisée à son tour. L'objectif serait clair : faire peser sur Israël un chantage insupportable, y compris sur le plan moral, en allant jusqu'à faire porter sur l'Etat juif la responsabilité d'une éventuelle escalade, avec ses perspectives potentiellement génocidaires, tant il est effectivement difficile, pour ne pas dire naïf, d'imaginer l'Iran et certaines forces dans le monde renoncer à l'exploitation des arguments les plus cyniques (32).

En réalité, s'il est très vraisemblable que l'on cherche à faire porter le chapeau à Israël, par de multiples artifices moraux ou autres sophismes déjà bien rodés actuellement, le Moyen-Orient tout entier n'en verrait pas moins son équilibre, déjà improbable aujourd'hui, encore davantage précarisé, inscrivant durablement cette région dans l'instabilité. Une telle situation ne pourrait évidemment que renforcer la dépendance des puissances étrangères et en particulier occidentales, à mesure de l'augmentation de l'enjeu stratégique de cette région détentrice des principales ressources en hydrocarbures de la planète.

Car il ne faut pas oublier qu'au Moyen-Orient, il n'y a pas qu'Israël. Nous touchons ici aux limites de notre cadre de réflexion, raison pour laquelle il faut rappeler l'insuffisance d'une approche du dossier iranien ne tenant qu'à un face-à-face entre Téhéran et Jérusalem. Résumer le Moyen-Orient à ces deux pôles est évidemment réducteur, y compris en ce qui concerne la problématique de la dissuasion. En clair, l'accession de l'Iran au statut de puissance nucléaire ne ferait pas forcément basculer cette région du monde dans un modèle bilatéral pur (33). Au contraire, celui-ci devrait être ouvert à d'autres puissances régionales telles l'Egypte ou, surtout, l'Arabie saoudite, grande rivale de l'Iran. Car évidemment, avec un Iran nucléaire, c'est la politique de non-prolifération et le TNP qui voleraient en éclats, avec les incalculables conséquences qui s'ensuivraient pour le Moyen-Orient tout entier, et au-delà.

5. Rupture d'équilibre et liberté d'action

Si l'émergence d'une nouvelle puissance atomique au Moyen-Orient, l'Iran dans notre hypothèse, s'accompagnerait d'une rupture de l'équilibre stratégique qui prévaut depuis les années septante et l'aboutissement du programme nucléaire israélien, Téhéran n'en attendrait pas pour autant de se trouver dans un schéma de paralysie mutuelle pour exploiter la situation aux dépens d'un Israël fragilisé. Le régime iranien chercherait donc à augmenter au maximum sa liberté d'action, parallèlement à l'effritement de celle d'Israël. Comme l'écrivait le général Beaufre, « la liberté d'action est en effet l'essence de la stratégie » (34).

C'est ici qu'il faut rappeler qu'une stratégie élaborée au plus haut niveau de l'Etat est forcément globale, pour ne pas dire totale. Exit donc les discours convenus opposant artificiellement action politique, ou diplomatique et action militaire. De tels sophismes, s'ils sont très efficaces dans les médias et sur un public moyen, ne sont en réalité guère convaincants. Un chef d'Etat, a fortiori d'une puissance nucléaire, pense avec la totalité des moyens dont dispose son pays, pour mettre en œuvre une stratégie visant à maximiser l'intérêt national. Economie, politique, diplomatie, ressources juridiques ou militaires, rien n'est écarté. Même les médias ne sont pas épargnés, comme on le voit, hélas, de plus en plus souvent.

L'Iran, quel que soit son président, ne dérogera pas à cette règle. Aussi emploiera-t-il l'ensemble de ses moyens disponibles pour augmenter sa marge de manœuvre et diminuer celle des Israéliens, utilisant autant que possible le poids de ses capacités nucléaires.

Dans cette optique, on constatera très vite le renforcement de l'aspect symbolique et idéologique de l'affrontement avec Israël. Par conséquent, on pourrait même voir l'aspect territorial du conflit israélo-arabe instrumentalisé au profit de sa dimension métaphysique et religieuse (35). L'Iran se focalisera donc sur le sionisme dans une manœuvre de délégitimation décuplée par ses nouvelles capacités. Le but ne sera pas seulement politique mais aussi économique et démographique, cherchant tant à freiner l'immigration juive vers Israël qu'à en faire fuir la population et les investisseurs. D'ailleurs, n'oublions pas que, quel que soit le niveau de stabilité entre l'Iran et Israël, dans l'expression « équilibre de la terreur », il y a précisément le mot « terreur » qui coïncide parfaitement avec la politique des mollahs (36).

En réalité, cette démarche visant les esprits a déjà commencé. Qu'on songe par exemple à la conférence sur l'Holocauste organisée récemment par l'Iran. Contrairement à ce qu'on a pu lire ou entendre, celle-ci n'est pas simplement le fruit de l'imagination douteuse d'un chef d'Etat provocateur, en l'occurrence Ahmadinejad, mais s'inscrit au contraire dans le cadre d'une véritable stratégie à long terme, conçue par un régime qui se place progressivement dans une attitude agressive et hégémonique au Moyen-Orient, en prévision de ses espoirs de réaliser l'arme nucléaire, ferment d'une puissance accrue sur l'échiquier international. On aurait donc tort de sous-estimer le problème en le réduisant à une question de personne, sans connexion avec la dimension potentiellement nucléaire de la politique iranienne.



6. Conclusion

Au terme de cette analyse, on peut revenir à la question posée en introduction et constater que l'obtention de l'atome militaire par l'Iran augmenterait fortement l'instabilité du Moyen-Orient.

Outre la difficulté de recourir à un modèle prévisionnel fiable et rassurant en raison de l'absence de déflagration nucléaire durant la guerre froide ou dans le cadre des relations indo-pakistanaises, c'est l'épineuse question de la rationalité des acteurs qui ternit le sourire des chanteurs de bonne espérance. La formidable subtilité de la notion d'incertitude, concept clef de la dissuasion, comme on l'a vu, conjuguée à l'extraordinaire et explosive complexité du Moyen-Orient nourrit à juste titre les pires craintes quant à l'avenir, le fossé idéologique et perceptuel qui sépare les deux protagonistes envisagés par notre hypothèse de départ ne contribuant en rien à lever une hypothèque bien lourde sur l'équilibre déjà précaire de la région.

On peut d'ailleurs douter de l'applicabilité de nos schèmes mentaux aux modes de calcul des dirigeants iraniens et plus encore, de ceux qui, hypothèse extrême certes mais impossible à écarter, pourraient bénéficier du nouveau savoir-faire iranien en matière de nucléaire, semant la terreur et la désolation sur leur passage.

Mais d'autres éléments s'ajoutent à ce sombre tableau et viennent fissurer la carapace de certitudes des plus optimistes. Ainsi, l'examen du « paradoxe de la stabilité-instabilité » s'est révélé tristement instructif. Tout d'abord, nous avons constaté à quel point la stabilité, qu'on aimerait voir s'affirmer avec un Iran doté de l'arme nucléaire, serait relative, pour ne pas dire franchement improbable. Absence de capacités de seconde frappe, inexistence de relations entre deux pays dont l'un, l'Iran, ne reconnaît même pas l'existence de l'autre, course à l'armement prévisible et déjà constatable sur le terrain... : tout concorde à dire qu'il faudra plusieurs années, voir décennies, avant de constater un semblant de stabilité réelle entre Israël et l'Iran.

En réalité, le risque que le programme nucléaire iranien fait peser est celui d'une rupture d'équilibre : celui qui prévaut, tant bien que mal, depuis qu'Israël a acquis l'arme suprême, introduisant une dissuasion relativement efficace jusqu'à aujourd'hui vis-à-vis de ses adversaires, hésitant dès lors à menacer conventionnellement l'Etat juif. En effet, même en cas de paralysie mutuelle, la situation profiterait davantage au régime iranien, qui pourrait alors exploiter un « équilibre de la terreur » dans le cadre de sa politique traditionnelle, instrumentalisant au passage les forces arabes de la région, dans son objectif hégémonique.

Voilà qui souligne le véritable effet d'une possible bombe atomique iranienne : le renforcement du risque asymétrique dans la région et au-delà, l'Iran accroissant substantiellement sa liberté d'action sous un parapluie nucléaire, au contraire d'Israël qui verrait la sienne fortement diminuée, signe d'une fragilisation peu rassurante pour l'équilibre régional et international.

Quel que soit le schéma envisagé, c'est donc l'inquiétude qui prévaut. Le danger paraît d'autant plus préoccupant que certains semblent vouloir le minimiser. Sur place pourtant, les différents acteurs manifestent de plus en plus d'appréhension devant le péril grandissant que représente la perspective d'un Iran disposant d'un arsenal atomique, tandis que les Israéliens se préparent à toutes les éventualités.

L'apocalypse pour demain ? A moins que les velléités iraniennes ne débouchent sur un paradoxe jusqu'ici passé inaperçu aux yeux des commentateurs. Voulant à tout prix assurer leur survie et leur domination sur l'ensemble de la région par l'acquisition de l'arme nucléaire, les mollahs ne donneront plus d'autre possibilité que de frapper au seul endroit qui puisse réellement les abattre : au cœur même du régime qu'ils prétendent consolider.


Emmanuel Dubois

© Revue Militaire Suisse


Cet article d'Emmanuel Dubois, philosophe et chercheur associé à l'ESISC, a été publié par celui-ci en mars dernier. La RMS remercie son Président, Claude Moniquet, d'avoir autorisé cette republication.





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(1) Voir Le Nouvel Observateur, 05/02/2007.
(2) Le Nouvel Observateur, 07/02/07.
(3) Poirier Lucien, Des Stratégies Nucléaires, Editions Complexes, Paris, 1988, p. 133.
(4) Général Beaufre, Stratégie de l'Action, A. Colin, Paris 1966, p. 22.
(5) Poirier Lucien, Des Stratégies Nucléaires, Editions Complexes, Paris, 1988, p. 131.
(6) Si la dissuasion relève d'une démarche hautement psychologique, elle n'en requiert pas moins, afin d'assurer son efficacité, la réalité de la menace. Autrement dit, il ne peut y avoir de dissuasion que si l'existence matérielle des armes nucléaires est assurée ! Ceci est d'une importance cruciale.
(7) Beaufre André, Introduction à la Stratégie, Economica, Paris, 1963, p. 72.
(8) Pour illustrer l'extraordinaire complexité du « calcul stratégique », on peut à nouveau citer le général Beaufre qui explique, quelques lignes plus haut : « Tout ceci aboutit à une dialectique extraordinairement subtile visant à apprécier la probabilité de réactions de l'adversaire en fonction de ses moyens et de sa volonté de les employer, mais aussi en fonction de l'opinion qu'il peut avoir de nos moyens et de notre volonté de les employer et même l'idée qu'il se fait de l'idée que nous nous faisons de ses moyens et de sa volonté de les employer. » (Idem, p. 72)
(9) Rappelons qu'Albert Wohlstetter qualifiait l'équilibre du système présenté par cette structure dissuasive entre deux pays (à l'époque les USA et l'URSS) de « délicat », du moins, en l'absence d'une capacité solide et bilatérale de seconde frappe. On y reviendra plus loin.
(10) « Aussi doit-elle (la dissuasion) faire l'objet d'une tactique particulière dont le but est de l'accroître ou au moins de la maintenir », idem p. 72.
(11) Qu'on me comprenne bien : lorsque j'évoque un peu plus haut la difficulté de dégager un modèle prévisionnel « mathématiquement fermé » en raison de cette notion d'incertitude, je n'argue aucunement de l'impossibilité de présager l'avenir de quelque relation dissuasive que ce soit, au motif que le principe de la dissuasion reposerait sur l'incertitude quand à son succès ! Au contraire cette incertitude que j'évoque ici est celle qui fonde la dissuasion. C'est cette incertitude qui fournit toute la dynamique et toute la puissance du concept de dissuasion. Or, et c'est là mon argument, cette notion d'incertitude est certes très riche mais aussi incroyablement complexe (voir supra citation du général Beaufre). C'est cette complexité qui représente le danger car son maniement, particulièrement difficile, est toujours forcément problématique et dépend d'une multitudes de variables, propre aux acteurs de chaque relation dissuasive.
(12) Relevons par exemple la conclusion nuancée de Bruno Tertrais dans son étude sur les leçons de l'exemple indo-pakistanais : « De même que l'on n'a su que très tard que la crise de Cuba avait été beaucoup plus près de dégénérer en un affrontement ouvert entre les deux superpuissances de la Guerre froide, de même est-il trop tôt pour tirer des conclusions solides d'une bipolarité nucléaire sud-asiatique encore jeune. » Leçons de l'exemple indo-pakistanais pour la dissuasion nucléaire, étude de Bruno Tertrais, Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), octobre 2003, p. 36.
(13) Voir par exemple, Roche Jean-Jacques, Théories des Relations Internationales, Montchrestien, Paris, 2004.
(14) Morel Christian, Les Décisions Absurdes, Gallimard, Paris , 2004, p.74.
(15) A ce propos, on peut relever pour exemple, qu'au lendemain de l'essai nord coréen du 9 octobre dernier, le stratégiste Joseph Henrotin notait, dans la revue DSI, que « la principale question qui hante les états-majors est de savoir si Pyongyang est, ou non, un acteur rationnel ». DSI (Défense et Sécurité Internationale), novembre 2006. On sait depuis lors, qu'un accord est intervenu dans le cadre des négociations multilatérales. Pour autant, il convient de remarquer l'extrême prudence qui accompagne une telle annonce par les autorités nord coréennes. Prudence qui confine parfois à un certain scepticisme. Manifestement la « rationalité » de cet acteur ne semble toujours pas évidente aux yeux des principales puissances internationales, a fortiori après de nombreux échecs successifs dans des circonstances similaires (accords précédents avec l'administration Clinton).
(16) Pensons à cette technique dite de la takiya, peu comprise des Occidentaux, et largement utilisée par les mollahs en vue de tromper ou de diviser les membres de la communauté internationale. Cf. « Pour les dirigeants iraniens, la takiya, art du mensonge institutionnalisé, est une seconde nature », note brève de l'ESISC, 28/06/05.
(17) Ce concept a été livré pour la première fois par un diplomate français dans le journal le Monde, le 09/11/1990. Il s'agissait à l'origine de fournir une possibilité de dissuasion occidentale envers des puissances régionales gouvernées par des régimes autoritaires ou fanatiques et disposant d'armes de destruction massive. On pourrait élargir la question aux groupes terroristes, ce qui représente évidemment la limite du modèle en question.
(18) « La dissuasion nucléaire, je l'avais souligné au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, n'est pas destinée à dissuader des terroristes fanatiques. Pour autant, les dirigeants d'Etats qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous, tout comme ceux qui envisageraient d'utiliser, d'une manière ou d'une autre, des armes de destruction massive, doivent comprendre qu'ils s'exposent à une réponse ferme et adaptée de notre part. Et cette réponse peut être conventionnelle. Elle peut aussi être d'une autre nature ». Discours du président français Jacques Chirac, prononcé à Landivisiau, le 19 janvier 2006.
(19) Voir certaines annonces, aux Etats-Unis et peut-être en France sur le développement d'armes nucléaires miniaturisées, parfois appelées « mininukes ». Au-delà de l'effet de sensation utilisé par certains, on peut y voir une forme de réflexion portée sur le développement de nouvelles menaces dans un monde post guerre froide s'accompagnant de la montée en puissance du terrorisme international. Cf. « L'armée française invente la « pressuasion », mélange de prévention et de dissuasion » ; "«Mininukes», «frappes préventives»... mythes et réalités de la politique nucléaire américaine ".
(20) "Israel buys 2 German subs", Jerusalem Post, 22/06/06.
(21) Sur le site missilethreat.com.
(22) DSI (Défense et Sécurité Internationale) numéro 15 (mai 2006).
(23) "Leçons de l'exemple indo-pakistanais pour la dissuasion nucléaire", étude de Bruno Tertrais, Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), octobre 2003, p. 33.
(24) Sur la capacité du F-22 à lutter contre les missiles de croisière, cf. Air&Cosmos, numéro 1951, 24 septembre 2004. A remarquer que cette idée d'utilisation de chasseurs de la dernière génération a également été formulée très récemment dans le dernier numéro de la revue DSI (DSI numéro 23, p. 81).
(25) Sur le site romandie.com.
(26) Sur le site israelvalley.
(27) Sur le site du Figaro.
(28) Sur le site de Libération.
(29) Martin Van Creveld, Les Transformations de la Guerre, L'Art de la guerre, éditions du Rocher, 1998.
(30) On peut remarquer que suite à l'intervention de l'armée éthiopienne en Somalie contre les tribunaux islamiques, le conflit tend à devenir asymétrique, les islamistes ne pouvant plus rivaliser avec succès sur le plan conventionnel.
(31) On pourrait fort bien envisager des actions terroristes commanditées par l'Iran en dehors de cette région comme par exemple en Europe.
(32) Certains seraient tentés d'imaginer Israël se placer sous la protection atomique américaine. Ce serait en réalité hautement problématique en ce qu'une telle évolution aliénerait immanquablement l'autonomie décisionnelle de Jérusalem, avec les inévitables conflits sur les intérêts vitaux. (CF. Quatre généraux et l'apocalypse, François Géré)
(33) Bruno Tertrais, op. cit. [ci-dessus n. 23] p. 30.
(34) Beaufre André, Introduction à la Stratégie, Economica, Paris, 1963, p. 121.
(35) Rappelons ici que l'Iran n'a aucun différend territorial avec Israël. Ceci peut rendre d'autant plus problématique l'idée, évoquée parfois par certains commentateurs, de négociations futures entre ces deux pays, à l'instar, par exemple, du processus qui semble s'être engagé entre l'Inde et son voisin pakistanais.
(36) Ceci ne se limite pas à Israël et peut-être également appliqué à l'Europe ou aux Etats-Unis, cf. supra, note 31.



[Merci à Koira de nous avoir signalé l'existence (qui m'avait échappé) de cette remarquable revue.]



Mis en ligne le 10 avril mars 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org

ISRAEL - IRAN ( partie I )

Israël-Iran -
vers l’émergence d’une dissuasion nucléaire au Moyen-Orient ?
E. Dubois

La poursuite du programme nucléaire iranien repose la problématique de la dissuasion, mais annonce également une rupture d'équilibre et une instabilité majeure. Une évolution inquiétante qui prendra des années pour aboutir, avec comme toile de fond la possibilité d'une apocalypse.
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Revue Militaire Suisse

avril 2007

Alors que le dossier du nucléaire iranien semble crapahuter sur une route bien sinueuse, qui l'a amené à faire une escale à la fois tardive et inattendue au Conseil de Sécurité de l'ONU, en décembre dernier, après les multiples détours d'une croisière toute diplomatique, essentiellement en Europe ou à Téhéran, les avis restent partagés sur la voie à suivre face aux dirigeants iraniens.

Le 29 janvier dernier, Jacques Chirac s'est même fendu de propos minimisant le danger d'une bombe atomique iranienne. Depuis, le président français s'est rétracté, qualifiant ses déclarations précédentes de schématiques (1). Bourde, défaillance, dérapage contrôlé ou ballon d'essai ? Toujours est-il que quelques jours plus tard, Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, appuyait les propos du président gaffeur sur LCI et que Roland Dumas, son ancien homologue, l'imitait et renchérissait quelques jours plus tard (2).

En réalité, plus le temps passe et plus les avis semblent divisés sur le problème iranien. Des soupçons quant à la volonté iranienne d'accéder au nucléaire militaire, la question tend désormais à se déplacer vers la nature du danger que représenterait la possibilité de voir Téhéran se doter de la bombe atomique. Qu'adviendrait-il de la stabilité régionale, voire internationale, dans le cas où l'Iran accéderait au nucléaire militaire ? Serait-ce un facteur d'équilibre ou de déséquilibre ?

Les pessimistes voient dans une telle perspective un engrenage apocalyptique qui mènerait la région vers la guerre et peut-être même à l'aube d'un nouvel Armageddon nucléaire. Les plus optimistes soutiennent que depuis Hiroshima et Nagasaki, les armes nucléaires n'ont jamais été employées et qu'elles ont fatalement un effet responsabilisant sur ceux qui les détiennent. Régulièrement, on peut lire à ce propos des argumentaires allant dans l'un ou l'autre sens, s'appuyant sur l'opposition entre Israël et l'Iran, en cherchant la comparaison avec des « modèles » comme la guerre froide ou la relation indo-pakistanaise.

Bien loin de vouloir résumer la problématique iranienne à un seul face-à-face entre Israël et l'Iran, approche qui me semblerait réductrice, je vais néanmoins me baser sur cette seule relation, rebondissant sur les propos récents du président français, afin d'évaluer l'hypothèse selon laquelle l'acquisition de l'arme nucléaire par le régime iranien ne représenterait, à terme, pas de danger majeur pour la stabilité moyen-orientale, voire au-delà. Je commencerai par un détour théorique, en résumant le principe général de la dissuasion. Ensuite, j'élargirai progressivement mon propos au cas concret de la relation entre Israël et l'Iran, suivant donc l'hypothèse que je viens d'énoncer.



1. La dissuasion : principe général

Avant toute chose, il n'est sans doute pas inutile de rappeler en quelques mots ce que l'on entend généralement par le mot dissuasion.

Ce dernier désigne un concept qui a acquis toute son importance avec l'apparition des armes atomiques et occupé, dès les années ‘50, le cœur des théories des différents stratèges de la guerre froide : la puissance sans commune mesure de l'arme atomique (l'arme suprême) révolutionne totalement autant le concept d'emploi de force que les relations internationales et fait entrer l'humanité dans un âge nouveau et terrifiant, signifiant la possibilité soudaine et radicale de sa brutale disparition. En réalité, tous les spécialistes des questions stratégiques se retrouvent sur ce point : il ne peut véritablement y avoir de dissuasion que nucléaire.

Mode de relation généralement présenté (un peu vite sans doute) sous un aspect binaire, « la dissuasion est un mode de l'interdiction » (3), ainsi que l'énonce le général Lucien Poirier. Elle se distingue essentiellement de la coercition par sa stricte négativité : il s'agit de « détourner l'adversaire de faire telle chose » (4) et non de le contraindre à agir dans un sens déterminé, empêcher s'opposant à obliger.

Par conséquent, dans la dialectique dissuasive, le « dissuadeur » tentera de persuader un éventuel agresseur de l'irrationalité de sa volonté d'user à son encontre des moyens coercitifs dont il dispose par ses armes (5). Qu'on pense par exemple aux stratèges américains qui cherchèrent très tôt à faire comprendre aux Soviétiques la folie que représenterait une invasion de l'Europe, au vu des destructions démesurées et catastrophiques qu'une telle entreprise entraînerait, suite à une riposte nucléaire de l'Otan sur leurs centres vitaux.

On le comprend, au-delà de cette démarche essentiellement psychologique (6) (persuader n'est pas convaincre) portant sur la volonté de l'adversaire, la dissuasion agit directement sur son processus de décision, en suggérant une comparaison entre les gains espérés et les risques encourus. Ce calcul, souvent associé à la théorie des jeux, doit, in fine, assurer l'adversaire que son acte est suicidaire. En réalité, l'enjeu n'en vaut pas la chandelle.

Cependant, on s'aperçoit aisément que, l'équation ainsi posée étant réversible, c'est une menace de suicide collectif qui se pose aux deux termes de la relation dissuasive, chacun pouvant user de sa puissance nucléaire dans une furie destructrice, point paroxystique d'une montée aux extrêmes dont la logique ultime signifierait en réalité, en cas de généralisation à l'échelle du monde, la disparition de toute trace de civilisation humaine de cette Terre. C'est le fameux « équilibre de la terreur » qui prévalait pendant la guerre froide, bien connu de tous.


2. Probabilités et incertitude

Cette relation posée entre enjeu et risque n'est pas si simple qu'il n'y paraît. Au contraire, elle se double du problème lié à l'interprétation des intentions de l'adversaire, à travers ses actes, ses propos, mais aussi ses réactions supposées. Il s'agit là en réalité d'une dialectique particulièrement complexe et formidablement subtile dont la crise des missiles de Cuba (1962) peut fournir une parfaite illustration.

Cette logique probabiliste annonce par conséquent un autre facteur, essentiel pour la dissuasion : l'incertitude. « De cette montagne d'évaluations conjecturales, d'hypothèses et d'appréciations fondées sur des intuitions complexes, n'émerge qu'un seul facteur de valeur certaine : l'incertitude. C'est en fin de compte l'incertitude qui constitue le facteur essentiel de la dissuasion. » (7).

Logique probabiliste et jeu des incertitudes : voilà deux éléments clefs du concept de dissuasion. Formalisés par des stratèges français dans le cadre de ce que l'on a coutume d'appeler la dissuasion du faible au fort, ils n'en définissent pas moins des invariants de toute stratégie de dissuasion.

Comme le souligne le général Beaufre dans l'extrait cité plus haut, l'incertitude, dans l'évaluation politico-stratégique de la valeur de l'équation entre risque et enjeu, est la seule chose certaine. Au-delà de ce paradoxe de la dissuasion, cette tension introduite dans le calcul stratégique par la logique probabiliste et l'incertitude annonce une conséquence troublante : la difficulté à fournir une modélisation prévisionnelle qui serait « mathématiquement fermée » (8). Autrement dit, la dissuasion n'est pas une structuration simple des relations entre deux ou plusieurs Etats, transposable automatiquement et instantanément d'une région du globe à une autre. Le jeu de la dissuasion consiste en réalité en une forme d'équation structurellement ouverte (et dynamique) par le champ non clos des probabilités (jeu des incertitudes). Ce qui en fait à la fois la force (la stabilité recherchée) et la dangerosité ( le risque de l'échec)! (9).

Car la dissuasion n'est pas une formule magique. Malgré tous les livres consacrés à cette question, personne n'a encore écrit le « petit traité sur la dissuasion en dix leçons ». Au contraire, il s'agit d'un langage hautement difficile et subtil, un art complexe et précaire qui s'apprend et s'éprouve dans le temps par les protagonistes ! La liberté d'action s'en trouve inévitablement modifiée, avec le risque d'escalade à chaque instant. La subtilité de la dissuasion consiste donc à jouer sur la prise en compte par l'adversaire de la probabilité sans précédent du risque à travers la notion précitée d'incertitude, tout en recherchant un certain équilibre dans le rapport de forces en vue de la préservation de l'intérêt vital de la nation (10).

Beaucoup de choses pourraient être dites sur ce point, mais ce n'est pas ici le lieu de se lancer dans une étude exhaustive de la question. Néanmoins, cette notion d'incertitude, couplée à celles de risque et d'instabilité, doit faire réfléchir même les plus optimistes. Peut-on sans risque exporter un tel modèle à des régions du monde fortement instables tel le Moyen-Orient ? Un tel pari n'est-t-il pas plutôt risqué ? Alors que cette même notion de risque est, en partie du moins, liée à la problématique de l'interprétation des intentions de l'adversaire, avec toutes les implications qui en découlent, en rapport avec la nature éminemment psychologique de la dissuasion, celle-ci peut-elle être introduite sans danger dans une région du monde où les conflits de perceptions nourrissent constamment le danger d'escalade, prenant en otage jusqu'à nos propres sociétés, au travers de conflits asymétriques et sociétaux ? (11).

Aussi ne me semble-t-il pas irraisonnable d'opposer la prudence à ceux qui prétendraient nous vendre des lendemains qui chantent avec le développement du nucléaire iranien. Ce n'est d'ailleurs pas parce qu'aucune arme nucléaire n'a été employée depuis la fin de la seconde guerre mondiale qu'on peut en conclure péremptoirement au succès incontesté de la dissuasion et à la pacification perpétuelle du monde par l'existence des armes nucléaires. Ceci est vrai autant pour les modèles du passé (guerre froide) qu'actuels (théâtre indo-pakistanais) (12).

D'ailleurs, si c'était le cas, on se demande pourquoi alors la communauté internationale se montre toujours aussi inquiète des risques de prolifération nucléaire, pourquoi elle brandit avec tant de conviction le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) à la face du monde, pourquoi elle a salué la Libye pour son renoncement à l'arme nucléaire, pourquoi on a mené des négociations haletantes avec la Corée du Nord pour les mêmes raisons, pourquoi on se montre autant préoccupé par le risque de voir un jour le Brésil, le Japon, l'Egypte, l'Arabie saoudite, l'Iran ou tout autre pays candidat au statut de puissance nucléaire se procurer l'arme atomique...

Manifestement, certains experts, commentateurs ou hommes politiques semblent prendre la dissuasion nucléaire pour la panacée, au risque de jouer ainsi aux apprentis sorciers, dans une région du monde qui n'a déjà que trop souffert des intrusions irresponsables des puissances étrangères.


3. Les postulats de la dissuasion « classique » : le joueur d'échecs

En réalité, ceux qui défendent l'idée d'une vertu stabilisatrice de l'acquisition de l'arme nucléaire par l'Iran ont tendance à se reposer, sans toujours s'en rendre compte, sur une série de postulats qu'il est intéressant d'aborder. En effet, en matière de dissuasion, les spécialistes ont souvent fondé leur propos sur une vision rationaliste de l'histoire des relations internationales, l'argument du nucléaire renforçant forcément, à leur sens, cette vision du chef d'un Etat possédant l'arme suprême comme une sorte de super-stratège, qui serait en quelque sorte un joueur d'échecs, qui déplacerait ses pions et prendrait ses décisions en vertu d'un processus décisionnel pragmatique, visant essentiellement à maximiser l'utilité, selon la fameuse formule empruntée au modèle économique, autrement dit, l'intérêt national. Outre la posture rationaliste, ce sont donc les notions de calcul et d'intérêt qui apparaissent ainsi au cœur de notre analyse.

Au-delà de cette question du modèle de l'acteur rationnel, en réalité fort complexe et méritant un autre développement que ce modeste espace de réflexion (13), c'est l'examen du champ d'application de la dissuasion, voire des « cas limites » qui sera envisagé ici.


A. Le socle de la rationalité triomphante

Un des arguments qui alimentent l'optimisme de certains, c'est donc l'idée selon laquelle l'atome militaire aurait forcément un impact rationalisant sur ceux qui le détiennent. Cette assertion ne saurait être tenue pour négligeable tant elle imprègne l'esprit des analystes stratégiques autant que celui des spécialistes des relations internationales. Elle est d'ailleurs régulièrement mise en avant comme objection aux notions d'incertitude et de risque, évoquées dans les lignes du point précédent.

S'il paraît effectivement acceptable par tous que l'homme est un être qui calcule, le postulat selon lequel l'homme est nécessairement rationnel n'est pas si simple. C'est que la rationalité se révèle plus complexe qu'on ne le croit habituellement. Ainsi, si la plupart des analystes des événements internationaux recourent, dans leur très grande majorité, à ce type d'approche rationaliste, une telle lecture doit nécessairement s'affiner afin de permettre l'émergence de modèles explicatifs à la fois cohérents et précis.

Lorsqu'on se penche sur la crise de Cuba, en 1962, sur le déclenchement de la guerre du Kippour, ou sur les causes de la première guerre du Golfe, on doit forcément pouvoir expliquer le pourquoi de telle ou telle décision et son lien avec les autres actions des différents protagonistes. Pourquoi Saddam Hussein a-t-il pris le risque « insensé » d'envahir le Koweït en août 1990 ? Pourquoi les Soviétiques ont-ils décidé d'installer des missiles balistiques sur l'île de Cuba, au risque de déclencher un cataclysme à l'échelle planétaire ? De telles décisions semblent en effet « absurdes » a posteriori et réclament forcément une explication, pour ne pas dire... une « raison ».

Remarquons tout d'abord que la rationalité n'exclut pas l'erreur. On peut très bien se comporter de manière rationnelle, envisager la réalité de façon calculée et pragmatique, et se tromper. Pourquoi le général Grouchy s'est-il obstiné à poursuivre les troupes de Blücher jusqu'aux portes de Namur, alors que Napoléon en avait besoin sur le champ de bataille, à Waterloo, pour battre Wellington ? Pourquoi Hitler est-il tombé grossièrement dans le piège des Alliés et a-t-il ordonné des bombardements sur Londres, au lieu de maintenir la pression sur la Royal Air Force, alors au bord de l'asphyxie, alors qu'il avait pourtant su se comporter en redoutable stratège en d'autres circonstances ? Voilà qui pose question. A moins de concevoir l'erreur comme une suspension temporaire de la raison. Hypothèse séduisante pour certains philosophes mais évidemment insuffisante pour l'analyste stratégique.

C'est qu'en réalité, la rationalité est une notion dont la nature complexe reste étrangère à son universalisation sous une forme homogène, telle qu'on l'a trop souvent conçue en Occident. Si l'homme est un être raisonnable et calculateur, peut-être faut-il intégrer dans ce « calcul » des représentations culturelles ou symboliques. Comme le souligne le sociologue Christian Morel, dans son livre sur les décisions absurdes, « une décision est toujours prise dans le cadre d'une certaine rationalité, c'est-à-dire un ensemble de raisonnements et de croyances partagés par la communauté des personnes qui participent à la décision » (14).

Ainsi, s'il existe des êtres irrationnels, la posture calculatrice et rationnelle est cependant adoptée par le plus grand nombre comme mode de fonctionnement naturel. Néanmoins, il ne faut pas en conclure à l'homogénéité des comportements rationnels : les valeurs, les convictions et les intérêts sont des variables qui dépendent autant des individus que des cultures qui les traversent, influant nécessairement sur leurs conduites et sur leurs décisions. Ceci est autant vrai pour les Etats que pour leurs dirigeants. Par conséquent, une lecture même rationaliste des relations internationales, doit emprunter à des modèles complexes d'explication des décisions des différents acteurs, intégrant les valeurs, convictions, stéréotypes ou autres représentations de chacun d'eux.


B. Au-delà de l'Etat-nation : les notions de régime et d'idéologie

Il s'agit en réalité d'un défi complexe. Comment juger de la rationalité d'un Etat lorsque la définition de sa raison suprême, de son intérêt supérieur, se confond avec le délire paranoïaque d'un seul homme (par exemple, Hitler ou Saddam Hussein) (15) ? Comment prévoir la réaction d'un chef d'Etat excentrique à la tête d'un régime fortement idéologisé et ne respectant aucune règle internationale ? On l'a vu dans le passé avec des pays comme la Libye ou l'Irak : la tentation du « coup d'éclat » n'est jamais loin et ne peut donc jamais être totalement exclue. Mais on peut aller plus loin. Peut-on appréhender de la même manière une démocratie et une dictature ? On voit poindre ici la notion de régime, qui conjugue à la fois la notion d'institution et celle, plus difficile à manier, de culture ou d'idéologie. Avec ce constat en forme de défi pour tous ceux qui suivent l'évolution de la crise iranienne : les régimes autoritaires fortement imprégnés d'idéologie n'ont pas les mêmes intérêts et les mêmes valeurs que les démocraties.

Cependant, il ne faudrait pas tomber ici dans l'accusation de folie, dénoncée plus haut, mais plutôt admettre que certaines formes de calcul, différentes des nôtres, doivent être envisagées lorsque l'on veut pouvoir esquisser l'avenir. Ainsi, pour revenir à notre sujet et à l'Iran, comment interpréter ou prédire les comportements d'un pays qui se définit comme une république islamique, une puissance ouvertement révisionniste, dont les dirigeants sont coupés du monde par l'aveuglement idéologique qui les caractérise : une interprétation religieuse axée sur la notion de martyre et sur une vision apocalyptique d'un monde clivé entre le monde musulman, de préférence chiite, figurant le bien, et le monde des infidèles, gouverné par Satan, et voué à la destruction, le tout sur fond de discours révolutionnaire et de recours au terrorisme suicidaire... Ce pays sera-t-il rationnel ? Ou plutôt, ses calculs seront-ils prévisibles selon nos propres modes de calcul ? La difficulté de la communauté internationale et en particulier des chancelleries européennes de cerner la politique iranienne n'est-elle pas sur ce point source d'inquiétude pour l'avenir ? (16)

Par ailleurs, certains de ceux qui défendent qu'aucun chef d'Etat ne se lancerait dans une décision « suicidaire » à l'âge de l'atome s'appuient en fait non seulement sur un modèle « rationnel étroit » mais sur la notion clef d'Etat-nation. Mais comment envisager alors le cas de régimes dont l'idéologie de base se présente comme la négation même de ce concept consacré en Europe par le Congrès de Vienne de 1815 ? Comment classer l'Iran dont le régime, islamique comme on vient de le voir, se réclame de valeurs religieuses transcendant totalement le cadre nationaliste reposant au fondement de l'Etat-nation ? Car les discours sur la « nation iranienne », prononcés par certains dirigeants à Téhéran, ne doivent pas faire illusion : l'ayatollah Khomeiny avait bien autre chose en tête lorsqu'il décida d'opter pour une république, au lendemain de sa révolution en 1979. Rappelons quand même que l'Iran n'a de républicain que le nom... tempéré d'ailleurs par le mot islamique : l'absence de rôle constitutionnel dévolu au président et au parlement (le majlis) ne devrait tromper personne.


C. L'Etat-nation à l'heure de sa mise à l'épreuve

Reste qu'un autre problème se pose en ce qui concerne le risque nucléaire iranien. Le cas de l'Iran et la collusion de ce type de régime islamique avec des groupes terroristes rappelle la délicate question du débordement de l'Etat-nation, ces dernières années, par le développement de groupes transnationaux et non étatiques échappant à tout contrôle. On le voit bien, au-delà de ce que les Américains appellent la guerre contre le terrorisme (GWOT, pour Global War On Terrorism), se trouve l'avenir de l'Etat-nation comme modèle de gouvernance politique dont l'autorité a été fortement remise en question, à la fois par les attentats perpétrés par la mouvance d'Al Qaeda et, de manière plus générale, insidieuse devrait-on dire, par le développement de guerres asymétriques, au Moyen-Orient ou ailleurs.

Nous touchons ici à la limite des théories de la dissuasion élaborées au cours de la guerre froide ou même dans le cadre du théâtre d'opérations indo-pakistanais, faisant peut-être éclater un jour notre vision traditionnelle du rôle du nucléaire et du chef de l'Etat responsable de sa mise en œuvre. Serait-il possible de voir un jour l'émergence d'une dissuasion du fort au fou (17) ? On se souvient que le 19 janvier 2006, Jacques Chirac avait, lors d'un discours remarqué, prononcé à l'occasion de sa visite aux forces aériennes et océaniques stratégiques à Landivisiau, évoqué à la fois les menaces émanant des puissances régionales et celles représentées par le terrorisme. Mais si le président français avait alors davantage évoqué la possibilité, pour la France, d'exercer sa réponse directement sur les centres de pouvoir et sur la capacité à agir de l'Etat menaçant ses intérêts vitaux (18), comment envisager une riposte appropriée à des groupes échappant à toute tutelle étatique ?

Au-delà de l'aspect technique (19) ou des effets d'annonce, c'est la difficulté de fournir une dissuasion efficace dans un cadre international mouvant qui apparaît. Par ailleurs, on ne saurait réduire cette problématique à son aspect technologique ou même doctrinal : c'est la justification même de la dissuasion dans le cadre de « cas limites » qu'il convient d'envisager. Ici, la rationalité s'efface peut-être devant un interdit moral plus grand encore, en particulier pour les démocraties.

TEXTE REPRIS DU SITE DE L'UPJF

10.4.07

MAHOMET EST " FLOUTE "




Posté le Lundi 9 avril 2007
par lagrette
Flouté ? Je ne connaissais pas… Mais en attendant les étudiants, eux, sont roulés !
Le Figaro : La miniature du Prophète a été “floutée” dans un livre d’histoire-géographie. Une forme d’”autocensure de l’éditeur” dénoncée par des défenseurs de la laïcité.

CERTAINS enseignants ont tendance à éviter les sujets qui fâ­chent en classe. Désormais, des éditeurs sont aussi enclins à l’au­tocensure. Le lycée Léonard-de-Vinci à Ec­quevilly (Yvelines) a reçu à la rentrée scolaire un manuel d’histoire-géographie de cinquième édité par Belin, où le visage du Prophète Mahomet, sur une mi­niature du XIIIe siècle illustrant un chapitre consacré au monde mu­sulman, avait été « flouté ». Des enseignants de l’établissement et le proviseur ont alors écrit à l’éditeur pour demander que les ma­nuels « soient conformes au spécimen qu’ils avaient consulté avant de le choisir » et qui ne comportait pas de visage effacé. L’éditeur refuse aujourd’hui de reprendre les ou­vrages et a justifié sa décision de modifier l’image pour « ne pas créer de problèmes avec des élèves », puisque l’islam interdit la représentation du prophète. « Il nous a proposé de nous renvoyer la page non floutée », précise-t-on au lycée.

Une «démarche contraire à celle de l’historien»

Animateur du site Internet www.atheisme.org, Jocelyn Bézecourt a dévoilé l’affaire pour dé­noncer ce « cas d’autocensure ». Il estime que ce comportement conforte un petit nombre d’obscurantistes. De même au SNES, principal syndicat d’enseignants du secondaire, on se dit choqué, tout en précisant avoir tous les jours connaissance de tels problèmes. « De plus en plus d’enseignants préfèrent ne pas aborder certaines questions touchant à la religion. Il est regrettable que les éditeurs les relaient. » Pour Alice Cardoso, en charge du groupe histoire-géographie au Snes, il est « injustifiable de manipuler une source. Sur le fond, on ne peut que condamner ce procédé, c’est une démarche contraire à celle de l’historien ».

Selon Belin, la décision de floutage a été prise à l’été 2005. Bien longtemps donc avant que l’affaire des caricatures de Mahomet n’éclate. Marie-Claude Brossolet, PDG de la maison, ne regrette pas son choix, car un éditeur de manuel scolaire est responsable, selon elle « de la paix dans les classes ». Plusieurs enseignants, lors de la présentation du livre, avaient fait part du caractère provocant d’une telle représentation « et de la difficulté d’enseigner dans des classes hétérogènes où plusieurs nationalités et religions se cô­toient », justifie-t-elle.

Les manuels d’histoire-géographie sont très exposés à la controverse : « Quand nous pu­blions un texte de Théophile Gautier, on nous accuse d’antisémitisme, du fait des convictions du poète, et quand il s’agit d’une carte de France des langues, les organisations de défense de l’occitan nous appellent. » Belin estime qu’à chaque publication de ces manuels au moins un tiers des lecteurs sont en désaccord avec leur contenu.

TEXTE REPRIS DU SITE EXTREME CENTRE

9.4.07

DOHA: PAPA POUTINE SE MOQUE D'UNE OPEP DU GAZ !



08.04.2007


Les pays qui participeront au Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG) prévu lundi et mardi à Doha (Qatar) ne signeront pas d’accord pour la création d’une « OPEP du gaz », a déclaré vendredi le ministre russe de l’Industrie et de l’Energie Viktor Khristenko.


« Est-ce que nous allons signer pour un cartel sur la politique des prix (du gaz) ? Bien sûr que non », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

Ce projet d’une « OPEP du gaz » avait été pour la première fois évoqué par notre site, dans le cadre de la théorie de l’offensive énergétique Russe. Mais selon notre analyse, la volonté de la Russie était d’avoir une mainmise sur les réseaux de fourniture du gaz et non le contrôle de la production.

Par la suite, ce sont les mollahs qui ont annoncé la création d’une « OPEP du gaz » à un moment où ils étaient en instance d’écoper d’un second train de sanctions. Ils espéraient menacer les Européens qui dépendent pleinement du gaz. A ce moment-là, la Russie avait rejeté avec force cette proposition. Mais par la suite, à la veille de l’adoption d’une seconde résolution contre Téhéran et dans le contexte du bras de fer entre les Etats-Unis et la Russie, le jour de l’intervention explosive de Poutine à Munich, un quotidien pro-Poutine avait laissé entendre que la Russie pourrait se laisser séduire par le projet de création d’une « OPEP du gaz » pendant le Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG) à Doha. Nous y avions vu une décision politique. A présent, la Russie est revenue dans son offensive énergétique à une attitude plus conforme à sa stratégie souterraine.

Le ministre russe a remarqué que la tenue de la réunion de Doha « suscite beaucoup de tensions, parfois exagérées, parfois exaltées ». La réunion de la semaine prochaine, à laquelle le ministre va participer, vise selon lui à « renforcer la coopération » entre pays producteurs, améliorer le dialogue producteurs/consommateurs et la transparence de ce marché, a-t-il dit. Retour à la langue de bois et à des propos rassurants. La Russie nie donc toute implication dans une « OPEP du gaz » ou toute autre action peu transparente et elle se concentre vraisemblablement sur des projets plus concrets comme l’organisation d’une action de blocage dans le projet de Nabucco.


Le projet Nabucco vise à construire d’ici 2012 un gazoduc de 3.300 km afin d’approvisionner l’Europe occidentale en gaz de la Caspienne en contournant la Russie. La participation de la Turquie, la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie et l’Autriche est requise car le tube transitera par leur territoire. Ces cinq pays sont également à la recherche d’un sixième partenaire pour le projet. GDF qui était intéressé se voit refuser le droit d’y participer par les turcs qui sont mécontents de la position Française concernant le génocide arménien.

Mais le projet Nabucco est sérieusement menacé car les Russes se sont rapprochés de la Hongrie et depuis peu ce pays traîne en longueur et diffère sa décision de donner son feu vert définitif à Nabucco. La Hongrie a entamé des négociations informelles avec les Russes pour une éventuelle participation à un projet concurrent. Ce projet qui devait contribuer à approvisionner l’Europe occidentale en gaz de la Caspienne en contournant la Russie afin de réduire la dépendance de l’Europe occidentale vis-à-vis de la Russie est donc sérieusement handicapé.

Parallèlement la Russie, décidément bien loin des enfantillages de l’OPEP de GAZ, est bien jugée sur du concret : elle cherche non seulement à saper les chances du gazoduc Nabucco, mais s’est mise en position de réduire l’intérêt d’un des plus grands producteurs de la Caspienne pour un oléoduc qui contourne sa sphère d’influence.

Le Kazakhstan est actuellement en négociations pour acquérir une participation dans le projet d’oléoduc Russo-bulgaro-grec devant relier la mer Noire à la mer Egée. L’accord préliminaire prévoit que le Kazakhstan participera au projet via la part de 49% détenue par la Grèce et la Bulgarie. Les 51% restants dans le projet sont détenus par la Russie. Reliant le port bulgare de Bourgas à celui d’Alexandroupolis, dans le nord de la Grèce, l’ouvrage d’une longueur de 280 km vise à transporter vers l’Europe occidentale le pétrole de la Caspienne en contournant les détroits turcs du Bosphore et des Dardanelles, qui sont saturés.

Ce projet doit en outre concurrencer l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC), soutenu par Washington, qui contourne le territoire russe. Un accord entre les trois pays (Grèce, Bulgarie et Russie) a été signé il y a deux semaines et les travaux doivent débuter l’an prochain pour une mise en service en 2009 ou 2010.

WWW.IRAN-RESIST.ORG

7.4.07

NEWS DE L'ESISC

Liban/Israël : le Hezbollah affirme que les deux soldats israéliens qu’il détient sont « bien traités »

Mohammad Komati, un responsable du Hezbollah libanais, en charge des affaires du Liban-Sud, a déclaré au quotidien arabe israélien A-Sinara qu'Eldad Regev et Ehud Goldwasser, les deux soldats israéliens enlevés le 12 juillet dernier par son mouvement, étaient « humainement traités ». « Il s'agit de la première indication d'un responsable du Hezbollah sur le sort des deux militaires aux mains de cette organisation depuis leur enlèvement en juillet", a souligné le journaliste qui a effectué l’interview par téléphone mercredi. Selon le responsable chiite libanais, ce sont les Etats-Unis qui empêchent Israël de parvenir à un accord pour leur libération dans le cadre d’un échange de prisonniers. Selon le père de Ehud Goldwasser, cette déclaration ne prouve en rien que les deux soldats sont encore en vie.

L’enlèvement d’Ehud Goldwasser et Eldad Reguev à la frontière israélo-libanaise avait déclenché une offensive israélienne au Liban. Début décembre 2006, un rapport de la sécurité israélienne révélait que les deux soldats avaient été grièvement blessés lors de leur capture. Le Premier ministre israélien Ehud Olmert avait alors fait part de ses doutes concernant leur sort.

On reste également sans nouvelles d’un autre soldat israélien, Gilad Shalit, enlevé le 25 juin dernier lors d’une attaque palestinienne contre un poste militaire israélien à la lisière de la bande de Gaza.


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11:19

France/Violences urbaines : neuf policiers blessés dans une cité près de Bordeaux

Neuf policiers qui effectuaient mercredi soir un contrôle d’identité dans une cité de Bassens, près de Bordeaux, ont été pris à partie par une quinzaine de jeunes. Deux véhicules des forces de l’ordre ont été endommagés et neuf des onze policiers présents ont été blessés par des jets de bouteilles et de pierres, qui ont entraîné des arrêts de travail de deux à dix jours. Sept personnes ont été placées en garde à vue.


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11:9

FLASH/Irak : la correspondante de Radio Free Europe abattue à Bagdad

Khamaïl Khalaf, la correspondante de la station Radio Free Europe-Radio Liberty, dont le siège est est à Prague, a été tuée à Bagdad. Son corps criblé de balles a été trouvé à l’ouest de la capitale. La journaliuste avait disparu depuis le 3 avril.


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REVOLUTION , MODE D'EMPLOI

Par Ivan Rioufol
6 avril 2007

LE FIGARO — Sale temps pour les apparatchiks. Leur mur idéologique, qui dissimule les réalités depuis des décennies, pourrait ne pas résister aux faits et à l'indignation des Français. Se préoccuper d'identité et d'immigration n'est déjà plus passible de la relégation et ceux qui crient au fascisme ont perdu leurs moutons. Si le pays arrivait, de surcroît, à s'extraire de la propagande antilibérale qui rend vaine toute réforme, il serait permis de parler de révolution. Elle est à portée de main.

L'identité nationale est intimement liée au libéralisme, ce mot que même l'école apprend à rendre imprononçable. Il fut porté par Turgot, Montesquieu, Tocqueville. Le mea culpa chrétien, un des socles de la culture occidentale, fait comprendre que l'homme, s'avouant fautif, se reconnaît libre car maître d'un destin qu'il peut corriger. Cette référence à la responsabilité, rejetée par le dogme socialiste et la droite honteuse, est au coeur de l'esprit français.

Aussi est-il saugrenu d'entendre Jacques Chirac confier à Pierre Péan: “Je suis convaincu que le libéralisme est voué aux mêmes échecs que le communisme (...) L'un comme l'autre sont des perversions de la pensée humaine”. D'autant que le bilan, laissé par une politique étatiste se rengorgeant d'un modèle social qui attire les déshérités, fait fuir les riches et appauvrit le plus grand nombre, devrait inciter à la lucidité.

Quand Nicolas Sarkozy en appelle, dans son nouveau livre (“Ensemble”), à “la culture de la responsabilité et de l'action”, il renoue avec une tradition oubliée, y compris des gouvernements auxquels il participa. Alors que Ségolène Royal propose aux artisans et commerçants de recruter sans frais pendant un an des jeunes non qualifiés et que François Bayrou promet deux emplois sans charge, laissant tous deux l'addition aux Français, le candidat de droite fait aisément figure de réformateur.

Reste à savoir s'il osera tirer les conséquences de l'immobilisme français, que le record de vitesse du TGV mardi (574,8 km/h) a fait oublier un instant. Sarkozy dit ne pas vouloir être Ronald Reagan. Dommage: celui qui avait pour inspirateurs les Français Frédéric Bastiat et Jean-Baptiste Say aura relancé l'expansion américaine, après deux premières années difficiles il est vrai, en baissant le taux maximum des impôts de 70 % à environ 30 %. La pensée unique assure que les électeurs ne veulent pas de ces exemples-là. Mais les électeurs, eux, ne veulent plus de la pensée unique.

Vérités interdites

Écouter certains candidats s'en prendre aux banques, aux riches ou à l'euro illustre le dogmatisme de ces dirigeants qui ignorent l'entrepreneur. Ils pratiquent le marxisme comme M. Jourdain faisait de la prose. “Si l'élite politique accrédite malgré elle l'idée de l'impuissance du pouvoir politique face au pouvoir économique, c'est le plus souvent qu'elle ne comprend pas les règles de l'économie de marché. En matière économique, notre élite est le plus souvent incompétente”, remarque Jean-Michel Fourgous (“L'élite incompétente”, L'Archipel).

Cette même constatation fait écrire à Pascal Salin, dans un livre sorti ces jours-ci, (“Français, n'ayez pas peur du libéralisme”, Odile Jacob): “Le véritable problème français est un problème intellectuel, car non seulement toute la nomenklatura est nourrie d'idées fausses, mais en outre elle peut facilement convaincre une opinion publique à laquelle on n'a jamais fourni d'autres idées”. De fait, 77 % des Français encourageraient leur enfant à devenir fonctionnaire (sondage Sofres, lundi).

La proposition de François Bayrou, dimanche, de supprimer l'École nationale d'administration afin de casser le “moule unique”, pourrait aider à briser le consensus qui empêche de penser hors des normes. Cependant, entendre le candidat UDF, s'adressant lundi aux socialistes, se dire “sur bien des sujets plus à gauche qu'eux”, en leur reprochant d'avoir fait “le plus de privatisations” et d'avoir “laissé partir les services publics”, ne change guère des discours égalitaristes homologués par l'ENA.

Le mur idéologique paraît inébranlable. Mais la Grande-Bretagne des années 1970 était aussi un État syndical et étatiste. “Il suffit de quelques années pour relever un pays”, fait observer Mathieu Laine (“La France est foutue”, JC Lattès). Les Français, confrontés à l'incohérence d'un système capitaliste et concurrentiel qui rejette le capital et le libre-échange, sont en attente de vérités interdites et de tabous à briser. La gauche n'en fera rien. Qu'attend la droite pour faire sauter, après la question identitaire, cet autre verrou?

Le prix

Nicolas Sarkozy, qui a su gagner l'opinion en se faisant le porte-parole d'un malaise existentiel, peut être celui qui réconciliera la France avec l'esprit d'entreprise, qui a fait décoller l'Espagne, l'Allemagne, l'Europe de l'Est. Sa prudence, qui l'a conduit à maintenir l'ISF et les 35 heures (sans parler du contestable monopole de la Sécurité sociale), a été corrigée cette semaine par un projet économique qui, en faisant appel à la TVA sociale, au bouclier fiscal et à la baisse des prélèvements obligatoires, sort des sentiers fléchés. Il ne lui reste plus qu'à oser se réclamer enfin d'un libéralisme raisonné garant des intérêts nationaux. La révolution sera à ce prix.

Quel troisième homme?

François Bayrou restera-t-il le troisième homme? Ses colères répétées contre les médias et leurs connivences commencent à lasser. Le président de l'UDF a raison quand il demande, cette semaine, une confrontation entre les candidats. Mais qu'a-t-il à dire d'autre?



Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro, est Senior Fellow à l'Atlantis Institute

5.4.07

LES COMBATS EUROPEENS DE PIERRE BESNAINOU


Les combats européens de Pierre Besnainou


By ELIAS LEVY
Reporter




Pierre Besnainou
À 52 ans, Pierre Besnainou est un homme tranquille et résolu qui incarne “la révolution sépharade”. Un “rattrapage”, plus qu’une “révolution”.

Né en Tunisie, ce leader affable, dynamique et visionnaire, qui a fait fortune dans la Netéconomie, est devenu en quelques années l’une des plus importantes figures des judaïsmes français et européen.

En juin 2005, il a été élu président du Congrès Juif Européen (C.J.E.), en battant l’Italien Cobi Benatoff, favori de la Communauté juive américaine et du président du Congrès Juif Mondial, Edgar Bronfman. En juin 2006, il a été élu président du Fonds Social Juif Unifié de France (F.S.J.U.), poumon financier de la Communauté juive de l’Hexagone. Les fonds collectés par le F.S.J.U. financent des œuvres sociales, éducatives et culturelles.

Fondé en 1986, Le C.J.E. fédère 38 Communautés juives vivant dans les 27 pays membres de l’Union Européenne, en Russie, en Ukraine et dans les autres anciennes Républiques de l’U.R.S.S. L’agenda du C.J.E. est purement politique.

Dans l’entrevue qu’il nous a accordée, Pierre Besnainou nous a livré ses impressions sur les grands défis auxquels font face les Juifs d’Europe.

Canadian Jewish News: Quels sont les dossiers prioritaires du C.J.E.?

Pierre Besnainou: Le C.J.E. a deux dossiers prioritaires: l’antisémitisme en Europe et les relations entre l’Union Européenne et l’État d’Israël. Le C.J.E. veut être un pont entre l’Europe et Israël, évidemment avec des crises plus ou moins tendues à certaines périodes, comme celle qui mobilise actuellement nos énergies et celles de toute la Communauté internationale: la crise avec l’Iran.

C.J.N.: Le C.J.E. a-t-il entrepris des actions concrètes contre l’Iran?

P. Besnainou: Depuis le premier jour de cette crise, le C.J.E. a dénoncé vigoureusement l’attitude ignoble et la rhétorique antisémite abjecte du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad. Nous avons demandé au Parlement européen de voter une résolution pour qu’il soit considéré persona non grata en Europe. Nous avons aussi lancé une pétition contre Ahmadinejad, qui a recueilli plusieurs milliers de signatures. Nous avons milité pour qu’il ne vienne pas en Allemagne l’été dernier pour assister à la Coupe du monde de football. Nos pressions et celles de tout un ensemble d’acteurs ont porté fruits, Ahmadinejad n’est pas venu souiller le sol européen.

C.J.N.: Le Parlement européen, qui a adopté une position pusillanime depuis le début de cette crise, est très réticent à condamner fermement l’Iran et son président.

P. Besnainou: Quand le président sortant du Parlement européen, Josep Borrell, m’a annoncé que cette institution n’avait pas pu adopter une résolution pour condamner Ahmadinejad, mais qu’elle avait passé une résolution pour que le président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, soit considéré persona non grata sur le territoire européen, je me suis demandé quel était le sens de l’Europe que nous nous attelons à bâtir. C’est vrai qu’il y a des moments de découragement, mais notre combat est tellement important qu’on n’a ni le droit ni le temps de baisser les bras.

C.J.N.: La complaisance des instances européennes à l’endroit du président Ahmadinejad vous choque-t-elle?

P. Besnainou: Ahmadinejad est un petit Hitler. Il est aussi dangereux qu’Hitler puisqu’il ne cesse de claironner qu’il veut rayer l’État d’Israël de la carte du monde. Cet islamiste radical représente un des seuls pays siégeant aux Nations Unies osant nier la Shoah et prônant sans aucune gêne l’annihilation du peuple juif et de son État. Hitler a aussi amorcé sa fulgurante ascension politique en honnissant les Juifs, et, à l’époque, personne n’avait cru bon accorder de l’importance à ses paroles et aux premières mesures antisémites qu’il a promulguées en 1938. Il ne s’agissait alors que de déclarations verbales qui ont eu cependant les conséquences dramatiques que l’on connaît.

Il est temps de tirer les leçons du passé. L’amnésie historique ne peut mener les peuples qu’à des catastrophes. Ahmadinejad est une personne dont le monde devrait avoir honte. Pourtant, quand il a pris dernièrement la parole devant l’Assemblée Générale des Nations Unies, personne n’est sorti de la salle, ni envisagé un seul instant l’idée d’interdire à cet antisémite féroce de fouler l’enceinte de cette institution supranationale. Cette attitude passive joue contre l’intérêt du peuple iranien, qui mérite beaucoup mieux que ce petit Hitler.

C.J.N.: Le C.J.E. plaide vigoureusement pour l’adoption de sanctions économiques drastiques contre l’Iran.

P. Besnainou: Ahmadinejad est plus dangereux qu’Hitler parce que probablement dans un futur proche il dotera l’Iran de l’arme la plus redoutable, la bombe nucléaire. Évidemment, devant l’impuissance européenne et l’incapacité des Nations Unies à faire voter des sanctions significatives et sérieuses contre l’Iran, nous nous retrouvons aujourd’hui face à une situation très inquiétante. Bien sûr, on peut blâmer l’Europe, mais je crois que le rôle de la Russie dans cette affaire est très néfaste et inadmissible. Malheureusement, nous constatons impavides que l’incapacité ou l’impuissance de l’Europe est aussi la conséquence du manque de consensus au sein des Nations Unies.

L’Iran est actuellement en train de tester les capacités de l’Union Européenne après avoir testé celles des États-Unis en Irak. Le problème est que le président iranien, convaincu de son impunité, pense qu’il n’y aura pas de réactions. L’Occident doit lui démontrer le contraire. Nous ne pouvons plus nous contenter de condamner verbalement sa rhétorique antisémite et ses desseins nucléaires. La Communauté internationale doit agir avec fermeté en décrétant des sanctions économiques contre Téhéran. Mais, pour l’instant, l’impuissance des nations occidentales face à l’Iran est flagrante.

C.J.N.: Le discours négationniste d’Ahmadinejad n’a-t-il pas une finalité précise: la délégitimation d’Israël?

P. Besnainou: Absolument. Le lien entre le négationnisme d’Ahmadinejad et sa volonté de détruire l’État d’Israël est extrêmement fort. Délégitimer la Shoah pour remettre en cause l’existence de l’État Israël. Son discours a un écho très favorable chez les antisémites négationnistes et les antisionistes de tout acabit.

C.J.N.: L’antisémitisme fait de plus en plus d’émules en Europe, surtout dans les contrées est-européennes. La progression de ce fléau funeste vous inquiète-t-elle?

P. Besnainou: Ce qui m’inquiète le plus, c’est que l’antisémitisme moderne, si je peux le qualifier ainsi, est fortement lié à une idéologie d’extrémistes islamistes et à une pseudo-solidarité avec les Palestiniens, qui est exploitée aujourd’hui à des fins idéologiques. Mais ce n’est pas cet antisémitisme qui m’inquiète le plus, celui qui m’inquiète le plus, c’est l’antisémitisme primaire, ce virus, dont on a vu au milieu du siècle dernier les conséquences terrifiantes pour le peuple juif, qui est en train de renaître un peu partout en Europe, en particulier en Europe de l’Est. C’est ce qui me fait le plus peur.

C.J.N.: L’Europe institutionnelle paraît impuissante face à cet antisémitisme débridé?

P. Besnainou: C’est un des sujets importants que j’évoquerai bientôt avec la chancelière allemande, Angela Merkel: l’harmonisation de la législation européenne en matière de lutte contre l’antisémitisme. Ce que j’amène dans mon dossier, c’est le modèle français, parce que c’est un modèle en termes législatifs qui a donné des résultats probants. Il est impératif d’harmoniser les lois en Europe pour lutter contre l’antisémitisme.

Dans certains pays, en particulier dans les nouveaux pays de l’Union Européenne, on se drape derrière une pseudo-liberté d’expression pour justifier des propos antisémites. Il est extrêmement important que l’Europe ait des moyens légaux pour pouvoir poursuivre en justice des antisémites invétérés. Par exemple, un député polonais membre du Parlement européen, Maciej Giertych, vient de publier et de distribuer une brochure foncièrement antisémite. On est vraiment en 1938, du pur délire! Le fils de cet élu d’extrême droite est vice-premier ministre et ministre de l’Éducation en Pologne. Pour l’instant, le Parlement européen n’a aucun moyen légal pour sanctionner ou poursuivre en justice ce député judéophobe. C’est terrifiant!

C.J.N.: En ce qui a trait à Israël, il ne semble pas y avoir un consensus européen. L’Angleterre et l’Allemagne sont plus proisraéliennes que des pays francophones comme la France et la Belgique.

P. Besnainou: C’est vrai, il n’y a pas une position consensuelle européenne en ce qui a trait aux relations avec Israël. Pour la question de l’antisémitisme, c’est la même chose. Est-ce qu’on peut catégoriser les pays anglo-saxons, les pays francophones, les anciens pays satellites de l’U.R.S.S. désormais membres de l’Union Européenne de plus proIsraël ou de moins proIsraël? C’est difficile. C’est vrai que la France n’est pas le meilleur ami d’Israël, pourtant c’est le pays européen qui lutte le plus vigoureusement contre l’antisémitisme. L’Angleterre est très probablement l’un des meilleurs amis d’Israël, mais sûrement pas le pays qui lutte de la façon la plus efficace contre l’antisémitisme. Dans chaque pays européen, les Juifs sont confrontés à des réalités différentes.

C.J.N.: Les pays de l’Europe de l’Est qui ont adhéré dernièrement à l’Union Européenne, où l’antisémitisme est une réalité sociale très ostensible, sont pourtant proaméricains et même proisraéliens. C’est à ne rien comprendre!

P.Besnainou:Vous avez raison. L’entrée dans l’Union Européenne de dix nouveaux pays est-européens, beaucoup plus proaméricains que les pays de la Vieille Europe, est un facteur qui aidera sans doute à l’amélioration des relations entre l’Europe et Israël. Aujourd’hui, la Pologne est un des principaux alliés des États-Unis et d’Israël. Dans l’épineux dossier du bouclier antimissile, la Pologne et la Tchécoslovaquie, pays amis et alliés de l’Amérique, s’opposent fermement à la Russie de Poutine, très réfractaire au déploiement de ce bouclier sur le territoire européen. La Pologne a d’excellentes relations avec l’État d’Israël. Pourtant, ce pays ultra-catholique ne fait pas grand chose pour combattre l’antisémitisme qui prolifère dans son terroir. C’est paradoxal et inquiétant.

C.J.N.: Comment envisagez-vous l’avenir des Juifs en Europe?

P. Besnainou: J’ai une position assez claire sur cette question. L’Europe compte aujourd’hui un peu plus de deux millions de Juifs. Il y a un danger qui plane sur le judaïsme et les Juifs de la Diaspora: l’assimilation. Dans les Communautés juives d’Europe, le taux de mariages mixtes se situe entre 50 et 80%. C’est évidemment le premier élément qui nous force à nous poser la question de l’avenir des Juifs en Europe et en Diaspora. Le deuxième élément, c’est que l’Aliya des Juifs en Israël ne se fait plus que par choix, il n’y a plus d’Aliya refuge. Des Juifs d’Europe font leur Aliya parce qu’ils considèrent Israël comme un choix existentiel et non parce qu’ils sont persécutés.

Sur le plan économique, social et culturel, il y a des pays européens où il y a moins d’avenir que dans d’autres. Dans les petites Communautés juives, les mariages mixtes et l’assimilation sont évidemment des facteurs qui rendent les perspectives d’avenir de ces Communautés bien sombres. Dans la Communauté juive de Croatie, que j’ai visitée dernièrement, il n’y a eu en 2006 que quatre mariages et deux Bar Mitzvah. Malgré toute la sympathie que j’éprouve pour cette Communauté, force est de reconnaître qu’elle n’a pas un très grand avenir devant elle.

C.J.N.: L’avenir des Juifs de France vous préoccupe-t-il?

P. Besnainou:En France, les actes antisémites en 2006 ont augmenté par rapport à 2005. Tout le monde est surpris par ces statistiques parce que ce n’est pas ce qu’on avait annoncé. La réalité, c’est que les actes antisémites sont à la hausse. Ça c’est factuel. Ils ont baissé par rapport à 2004. Le problème n’est pas réglé, nous devons continuer à être très vigilants. Les pouvoirs publics français font un effort considérable pour lutter contre l’antisémitisme. Mais il y a toujours un malaise dans la Communauté juive de France. 2006 a été l’année où le jeune Ilan Halimi a été torturé et cruellement assassiné parce qu’il était Juif.

Malheureusement, en France, le problème de l’antisémitisme demeure une dure réalité qu’on ne peut pas ignorer.


In an interview, European Jewish Congress president Pierre Besnainou talks about the dangers of anti-Semitism in Euorpe.

4.4.07

LE GENIE JUIF

4 avril 2007 -
Par Charles Murray, Commentary,
Adaptation française de Sentinelle 5767 ©

Depuis son premier numéro en 1945, COMMENTARY a publié des centaines d’articles au sujet de Juifs et du judaïsme. Comme on peut s’y attendre, ils couvrent à peu près tous les aspects importants du sujet. Mais il y a une lacune, et pas de celle intéressant quelque partie obscure de Judaïca. COMMENTARY n’a jamais publié une discussion systématique de l’un des sujets les plus évidents de tous : l’extravagante surreprésentation des Juifs, comparée à leur nombre, aux premiers rangs des arts, des sciences, du droit, de la médecine, de la finance, de l’entreprise, et des médias.

J’ai une expérience personnelle de la réticence des Juifs à parler de la réussite juive - mon co-auteur, le dernier Richard Hernstein, a aimablement résisté aux paragraphes sur le QI juif dont j’ai insisté sur l’introduction dans la courbe de Bell (1994). Aussi bien l’histoire que la renaissance de l’antisémitisme en Europe font facilement comprendre les raisons de cette réticence. Mais la réussite juive constitue une histoire fascinante et importante. Des travaux universitaires récents élargissent notre compréhension de ses origines.

Aussi, ce non juif d’origine écossaise et irlandaise d’Iowa entreprend ci-dessous de raconter cette histoire. Je traiterai de trois sujets : le moment et le nature de la réussite juive, centrés sur les arts et les sciences ; le QI juif élevé comme explication de cette réussite, et les théories actuelles sur la façon dont les Juifs ont acquis ce QI élevé.

De 800 avant JC jusqu’au premier millénaire de notre ère, nous n’avons que deux exemples de grande réussite juive, et aucune n’appartient strictement aux règnes des arts et des sciences. Mais quelle paire ! La première est la conceptualisation totalement accomplie du monothéisme, exprimée à travers l’un des trésors littéraires du monde, la Bible hébraïque. Elle a non seulement posé la fondation de trois grandes religions, mais comme Thomas Cahill le décrit dans « Les dons des Juifs » (1998), elle a introduit une manière de voir la signification de la vie humaine et la nature de l’histoire qui définit les éléments au cœur de la perception moderne. La seconde réalisation n’est pas souvent traitée comme juive, mais c’en est clairement une : la théologie chrétienne exprimée à travers le Nouveau Testament, réussite qui s’est répandue dans tous les aspects de la civilisation occidentale.

Mais la littérature religieuse est l’exception. Les Juifs n’apparaissent pas dans les annales de la philosophie, du drame, des arts visuels, des mathématiques, ou des sciences naturelles pendant les dix-huit siècles depuis l’époque d’Homère jusqu’au premier millénaire de l’ère chrétienne., quand tant de choses se produisaient en Grèce, en Chine, et en Asie du Sud. On ignore dans quelle mesure cela reflète une absence d’activité, ou l’absence de souvenir vraiment disponible. Par exemple, seule une poignée de scientifiques au Moyen-Âge son mentionnés dans la plupart des histoires de la science, et aucun n’était juif. Mais quand George Sarton place une lentille à haute résolution dans son introduction monumentale à « L’Histoire de la Science » (1927 - 48), il trouve que 95 des 626 scientifiques travaillant en divers endroits dans le monde entre 1150 et 1300 étaient juifs - 15 % du total, largement au-delà de la proportion de la population juive.

Comme cela se produit, cette même période recouvre la vie du plus fameux philosophe juif de l’époque médiévale, Maïmonide (1135 - 1204), et d’autres moins connus, sans parler des Juifs poètes, grammairiens, penseurs religieux, érudits, médecins, et courtisans de « l’âge d’Or » de l’Espagne, ou des brillants exégètes et des autorités rabbiniques du Nord de la France et de l’Allemagne. Mais cela ne fait que donner un exemple de la difficulté d’évaluer l’activité intellectuelle juive de cette période. En dehors de Maïmonide et de quelques autres, ces penseurs et artistes n’ont pas influencé de façon perceptible l’histoire ou la culture en dehors des confins du monde juif.

De façon générale, cela est demeuré ainsi lors de la Renaissance et au-delà. Alors que j’écrivais un livre appelé « Réussite humaine » (2003), j’ai compilé l’inventaire des « personnalités significatives » dans les arts et les sciences, définies comme des personnes qui sont mentionnées dans au moins la moitié des principales histoires de leurs champs respectifs. De 1200 à 1800, seuls sept Juifs sont parmi ces personnalités significatives, et seules deux ont été assez importants pour que leurs noms soient toujours largement reconnus : Spinoza et Montaigne (dont la mère était juive).

La représentation étroite des Juifs pendant la floraison des arts et des sciences européens n’est pas difficile à expliquer. Ils étaient systématiquement exclus, aussi bien par des restrictions légales pour les professions dans lesquelles ils pouvaient entrer que par une discrimination sociale sauvage. Puis vint l’émancipation légale, débutant à la fin des années 1700 dans quelques pays, et se complétant en Europe dans les années 1870, avec l’une des histoires les plus extraordinaires d’un quelconque groupe ethnique à aucun de l’histoire de l’humanité.

Aussitôt que les enfants juifs nés dans le cadre de l’émancipation légale avaient le temps de devenir adultes, ils commencèrent à apparaître aux premiers rangs des arts et des sciences. Pendant les quatre décennies de 1830 à 1870, quand les premiers Juifs à vivre sous l’émancipation atteignirent la quarantaine, 16 personnalités juives significatives sont apparues. Au cours des quatre décennies suivantes, de 1870 à 1910 le nombre monta à 40. Au cours des quatre décennies suivantes, de 1910 à 1950, malgré la dévastation contemporaine de la communauté juive européenne, le nombre de personnalités significatives tripla presque, atteignant 114.

Pour avoir une idée de la densité de la réussite que ces nombres représentent, je me concentrerai sur 1870 et au-delà, après que l’émancipation légale ait été réalisée à travers l’Europe centrale et occidentale. Comment le nombre réel de personnalités significatives se compare a ce que l’on pourrait attendre selon la proportion juive de la population d’Europe et d’Amérique du Nord ? De 1870 à 1950, la représentation juive dans la littérature a été quatre fois supérieure au nombre attendu ; en musique, cinq fois. Dans les arts visuels, cinq fois ; en biologie, huit fois. En chimie, six fois. En physique, neuf fois. En mathématiques, douze fois. En philosophie, quatorze fois.

Disproportionnée, la réussite juive dans les arts et les sciences se poursuit jusqu’çà ce jour. Mon inventaire se termine en 1950, mais beaucoup d’autres mesures sont disponibles, parmi lesquelles la plus connue est le Prix Nobel. Dans la première moitié du 20ème siècle, malgré la discrimination sociale continue et envahissante contre les Juifs à travers le monde occidental, malgré la régression des droits légaux, et en dépit de l’Holocauste, des Juifs ont gagné 14 % des Prix Nobel de littérature, de chimie, de physique, et de médecine / physiologie. Dans la seconde moitié du 20ème siècle, quand des Prix Nobel ont commencé à être attribués à des personnes du monde entier, ce nombre s’éleva à 29 %. Jusqu’à présent, au 21ème siècle, il a été de 32 %. Les Juifs constituent environ deux dixièmes de un pour cent de la population mondiale. Faites le calcul.

Qu’est-ce qui rend compte de ce remarquable record ? Une réponse complète doit faire appel à beaucoup de caractéristiques de la culture juive, mais l’intelligence doit être au centre de la réponse. On a trouvé chez les Juifs une intelligence moyenne inhabituellement élevée, mesurée par les tests de QI depuis que les premiers échantillons de Juifs ont été mesurés (l’histoire largement répétée que les immigrants juifs dans ce pays [les USA, Ndt] au début du 20ème siècle auraient eu des résultats faibles au QI est un canard). A quelle hauteur exacte n’a-t-on pas mis le doigt dessus du fait de sous-échantillons juifs dans les enquêtes disponibles rarement parfaitement représentatives. Mais on accepte actuellement que la moyenne se situe entre 107 et 115, avec 110 comme compromis plausible.

Le QI moyen de la population américaine a une « norme » à 100, avec une déviation standard de 15. Si la moyenne juive est de 110, alors le calcul de la distribution gaussienne dit que le Juif moyen se situe au 75ème percentile. Soulignons que la moyenne dans le QI global est un paramètre constant des sub-tests de QI : les Juifs se situent seulement à la moyenne pour les sub-tests mesurant les capacités visio-spatiales, mais sont extrêmement élevés aux sub-tests mesurant les capacités verbales et de raisonnement.

L’intelligence moyenne d’un groupe est importante pour expliquer des résultats tels l’acquisition éducative moyenne ou le revenu moyen. L’indicateur clé pour prédire une réussite exceptionnelle (comme gagner un Prix Nobel) est l’incidence d’une intelligence exceptionnelle. Envisagez un QI de 140 ou supérieur, dénotant un niveau d’intelligence qui peut permettre à une personne d’exceller dans des champs comme la physique théorique ou les mathématiques pures. Si le QI juif moyen est de 110 et la déviation standard de 15, alors la proportion de Juifs avec un QI de 140 ou plus est quelque part six fois la proportion de tout autre.

Le déséquilibre continue d’augmenter pour les QI encore plus élevés. Le système des écoles publiques de la ville de New York avait pour habitude de faire passer un test de QI avec un papier et un crayon à toute sa population scolaire. En 1954, un psychologue a utilisé ces résultats pour identifier la totalité des 28 enfants du système des écoles publiques de New York ayant un QI mesuré de 170 ou plus. Sur les 28, 24 étaient juifs.

Une intelligence exceptionnelle n’est pas suffisante pour expliquer une réussite exceptionnelle. Des qualités telles que l’imagination, l’ambition, la persévérance, et la curiosité sont décisives pour séparer ceux simplement astucieux de ceux hautement productifs. Le rôle de l’intelligence est joliment exprimé dans une analogie que m’a suggérée il y a des années le sociologue Steven Goldberg : l’intelligence joue le même rôle dans une tâche intellectuellement exigeante que le poids en joue dans la performance des tacles offensifs de la Fédération Américaine de Football [NFL, Ndt]. La plus lourde offensive n’est pas nécessairement la meilleure. De fait, la corrélation entre le poids et la performance dans les tacles offensifs de la NFL est probablement très faible. Mais ils pèsent tous plus de 130 kg.

Ainsi donc de l’intelligence. Les autres éléments comptent, mais vous devez être très astucieux pour avoir simplement une chance de parvenir à une grande œuvre. Un Juif sélectionné au hasard a une plus haute probabilité de posséder ce niveau d’intelligence qu’un membre tiré au hasard de tout autre groupe ethnique ou national, et de loin.

Rien de ce que j’ai présenté jusqu’à présent n’est sujet à controverse scientifique. Le profil de la réussite juive hautement disproportionnée dans les arts et les sciences depuis le 18ème siècle, la réalité du QI juif élevé, et la corrélation entre les deux ne peuvent être niés au moyen de données. Ainsi nous en venons à la grande question : Comment et quand ce QI juif élevé est-il advenu ? A partir de là, la discussion doit devenir spéculative. Les généticiens et les historiens continuent d’assembler les pièces de l’explication, et il y a beaucoup de place pour les désaccords.

Je commence par l’hypothèse que l’intelligence juive élevée est fondée sur la génétique. On ne discute plus sérieusement que l’intelligence chez l’Homo sapiens est en grande partie transmise génétiquement. Au cours des deux dernières décennies, on a aussi établi que des facteurs d’environnement évidents comme des revenus élevés, des livres à la maison, et des parents lisant aux enfants ne sont pas aussi puissants qu’on peut s’y attendre. Un « assez bon » environnement est important pour la nourriture du potentiel intellectuel, mais les pré requis d’un « assez bon » ne sont pas élevés. Même le meilleur environnement à la maison ajoute seulement quelques points, et encore, à un simple environnement correct. On sait aussi que des enfants adoptés à la naissance n’atteignent pas le QI prédit par le QI de leurs parents.

Pour formuler cela autrement, nous avons une bonne raison de penser que les enfants non juifs élevés dans des familles juives n’acquièrent pas l’intelligence juive. De là mon opinion que quelque chose dans les gênes explique le QI juif élevé. Cette conclusion n’est pas logiquement nécessaire mais, selon ce que nous savons de l’héritabilité génétique et des effets de l’environnement sur l’intelligence des humains en tant qu’espèce, c’est extrêmement plausible. Deux explications potentielles d’une combinaison de gênes juifs favorisant une haute intelligence sont si évidentes que beaucoup de gens considèrent qu’elles doivent être vraies : la réduction par la persécution (seuls les Juifs les plus astucieux survivaient ou demeuraient juifs) et le choix des cerveaux pour le mariage (les érudits et les enfants d’érudits étaient des époux socialement désirables). Je pense vraiment que ces deux éléments ont joué un rôle, mais quel rôle reste une question ouverte.

Dans le cas de la réduction à travers la persécution, la logique va dans les deux sens. Oui, ceux qui restèrent fidèles pendant les nombreuses persécutions des Juifs étaient auto sélectionnés pour leur engagement dans le judaïsme, et le rôle de l’érudition dans cet engagement signifie probablement que l’intelligence était l’un des facteurs dans l’auto sélection. La prévoyance qui va de paire avec l’intelligence peut aussi avoir eu quelque valeur dans la survie (comme dans l’anticipation des pogroms), bien qu’il ne soit pas évident que son effet était assez grand pour en expliquer une large part.

Mais lorsque les Cosaques balaient la ville, le type d’intelligence qui mène au succès dans les affaires ou à l’acuité rabbinique n’est d’aucun secours. Au contraire, les gens ayant la meilleure réussite pouvaient aisément être ceux le plus susceptibles d’être tués, du fait de leur plus grande visibilité, comme cibles d’une plus grande jalousie. De plus, d’autres groupes comme les Tsiganes, ont été persécutés depuis des siècles sans développer une intelligence élevée. Considérée de près, la logique de la réduction par la persécution n’est pas aussi convaincante qu’elle pouvait d’abord paraître.

Qu’en est-il de la théorie du mariage pour les cerveaux ? « Un homme devrait vendre tout ce qu’il possède pour se marier à la fille d’un érudit, aussi bien que de marier sa fille à un érudit », conseille le Talmud (Pessahim, 49a), et l’érudition avait de fait un cachet social dans beaucoup de communautés juives avant (et après) l’émancipation. La combinaison pouvait être puissante en mariant les enfants d’érudits aux enfants de marchants prospères, les Juifs joignaient en effet ceux sélectionnés pour leur capacité de raisonnement abstrait avec ceux sélectionnés pour leur intelligence pratique.

Une fois de plus, il est difficile d’être plus spécifique sur la quantification de l’effet. Des arguments ont été avancés selon lesquels de riches marchants étaient en fait réticents à confier leurs filles à des érudits sans le sou, détachés de ce bas monde. Il n’est pas clair non plus de savoir si le taux de fertilité des érudits, ou leur nombre, étaient assez élevés pour rendre compte de l’effet majeur de leur intelligence. L’attractivité des cerveaux dans la perspective de partenaires de mariage a certainement joué un rôle mais, encore une fois, les données pour évaluer à quel niveau n’ont pas été rassemblées.

Sur cette toile de fond d’incertitude, une théorie appuyée sur des données pour expliquer le QI juif élevé est parue en 2006 dans le « Journal of Biosocial Science ». Dans un article intitulé « Histoire naturelle de l’intelligence ashkénaze », Gregory Cochran, un physicien, Jason Hardy et Henry Harpending, anthropologues, soutiennent que le QI juif élevé est confiné aux Juifs ashkénazes de l’Europe centrale et du Nord, et développée depuis le Moyen-Âge et ensuite, essentiellement de 800 à 1600 de après JC.

Dans l’analyse de ces auteurs, le facteur clé expliquant l’intelligence juive élevée est la sélection professionnelle. Depuis l’époque où les Juifs se sont établis au Nord d’une ligne des Pyrénées aux Balkans, aux environs de 800 après JC, ils furent dans la plupart des lieux et la plupart du temps confinés à des professions concernant la vente, la finance, et le commerce. Le succès économique dans toutes ces professions est de loin bien plus élevé grâce à une sélection par l’intelligence que le succès dans les professions principales des non juifs : à savoir, l’agriculture. Le succès économique est à son tour lié au succès reproductif, parce que un revenu plus élevé signifie moins de mortalité infantile, une meilleure alimentation, et plus généralement, une « aptitude » reproductive. A travers le temps, une aptitude améliorée chez ceux qui réussissent conduit à une forte sélection des traits cognitifs et psychologiques qui produisent cette aptitude, intensifiée là où il existe un faible flux de gênes personnels provenant d’autres populations - comme ce fut le cas chez les Ashkénazim.

Les Sephardim et les Juifs orientaux - c.a.d. ceux de la péninsule ibérique, du littoral méditerranéen, et de l’Orient islamique - étaient aussi occupés à des professions urbaines durant les même siècles. Mais les auteurs citent comme preuve que, en règle, ils étaient moins concentrés dans des professions sélectives pour le QI, et travaillaient plutôt dans des commerces d’artisanat. Ainsi, l’intelligence élevée ne s’est pas développée parmi les Sephardim et les Juifs orientaux - comme cela est démontré aux résultats de tests de nos jours en Israël, qui montrent que le QI des Juifs non européens est en gros semblable au QI des non juifs.

Les trois auteurs concluent cette partie de leur argumentaire avec un élégant corollaire que recoupe le ‘profil test’ connu des Ashkenazim contemporains avec l’expérience historique de leurs ancêtres : Le processus de sélection suggéré explique le modèle des capacités mentales des Juifs ashkénazes : une capacité verbale et mathématique élevée mais une capacité spatio-visuelle relativement faible. Le talent verbal et mathématique a aidé les hommes d’affaires du Moyen-Âge à réussir, alors que les capacités spatio-visuelles étaient sans importance.

Le reste de leur article est une longue discussion technique sur la génétique de la sélection du QI, preuve indirecte de la liaison entre le QI juif élevé avec une variété de maladies à transmission génétique retrouvée parmi les Ashkenazim, et une preuve que la plupart de ces effets de sélection génétique sont survenus au cours des 1200 dernières années.

Personne n’a encore présenté d’alternative à la théorie de Cochran - Hardy - Harpending, qui puisse la remettre en cause sur documents. Mais, comme celui qui soupçonne que l’intelligence élevée n’était (a) pas confinée aux Ashkenazim, et (b) précède le Moyen Âge, je vais souligner les aspects d’une explication alternative qui devrait être explorée.

Cela commence avec l’évidence que les Juifs qui demeurèrent dans le monde islamique démontrèrent des niveaux inhabituellement élevés de réussite depuis le commencement du deuxième millénaire. La preuve la plus solide est l’énumération par Sarton des scientifiques mentionnés plus tôt, dont 15 pour cent étaient juifs. Ce n’étaient pas des Ashkenazim du Nord de l’Europe, où les Juifs étaient encore largement exclus du monde de la connaissance scientifique, mais des Sephardim de la péninsule ibérique, de Bagdad, et d’autres centres islamiques d’enseignement.. J’ai aussi mentionné la preuve culturelle plus diffuse de l’Espagne où, aussi bien sous la gouverne islamique que chrétienne, les Juifs atteignaient des positions éminentes dans les professions, le commerce et le gouvernement aussi bien que dans l’élite littéraire et les cercles intellectuels.

Après avoir été expulsés d’Espagne à la fin du 15ème siècle, les Juifs sephardi s’élevèrent en distinction dans les nombreux pays où ils s’installèrent. Certains historiens de l’économie ont retracé le déclin de l’Espagne après 1500, et l’ascension consécutive des Pays Bas, liée en partie au talent commercial des Sephardim qui fut transféré de l’un vers l’autre. Des siècles plus tard, en Angleterre, on pouvait désigner des éminences sephardi telles que Benjamin Disraeli et l’économiste David Ricardo.

En résumé, je propose qu’un dossier solide soit assemblé : partout les Juifs avaient des ressources intellectuelles inhabituellement élevées, qui se sont elles-mêmes manifestées au-delà des Ashkénazes, et bien avant la période où la réussite non rabbinique ashkénaze s’est elle-même manifestée.

Comment ce dossier doit-il être soutenu face aux données contemporaines de tests indiquant que les Juifs non ashkénazes n’ont pas la moyenne élevée des Ashkénazes d’aujourd’hui ? L’incohérence logique disparaît si l’on pose que les Juifs autour de l’an 1000 après JC avaient une intelligence élevée partout, mais qu’elle augmenta ensuite davantage parmi les Ashkenazim, et déclina parmi les Juifs vivant dans le monde islamique - peut-être parce que la dynamique décrite par Cochran, Hardy, et Harpending (à savoir que les Juifs orientaux étaient concentrés dans le commerce pour lequel une intelligence élevée ne produisait pas la richesse).

Des avancées récentes dans l’utilisation de marqueurs génétiques pour caractériser les populations nous permettent de rechercher systématiquement de telles possibilités. Je propose cette hypothèse testable simplement comme une parmi de nombreuses possibilités : si les marqueurs génétiques sont utilisés pour détecter parmi les Juifs non ashkénazes, on trouvera que ceux qui sont le plus proche génétiquement des Sephardim de l’Âge d’Or ont un QI moyen élevé, bien que peut-être pas aussi élevé que le QI des Ashkénazes contemporains.

L’aspect suivant d’une alternative à la théorie de Cochran-Hardy-Harpending implique des raisons de penser qu’une certaine augmentation de l’intelligence juive est survenue même avant que les Juifs ne changent pour des professions sélectionnées par l’intelligence, du fait du passage du judaïsme antique fondé sur le rituel à une religion fondée sur l’enseignement.

Tous les savants qui ont examiné la question s’accordent sur le fait que 80 - 90 % de tous les Juifs étaient fermiers au début de l’ère chrétienne, et que seuls 10 à 20 % des Juifs étaient fermiers à la fin du premier millénaire. Aucun autre groupe ethnique n’a suivi le même type de changement professionnel. Pourquoi cela survint, je me tourne vers la discussion entre Maristella Botticini et Zvi Eckstein intitulée : « Sélection professionnelle juive : Education, restrictions, ou Miniorités ? » parue sur « Journal of Economic History » en 2005.

Rejetant l’explication que les Juifs sont devenus des marchands parce qu’ils étaient empêchés d’être fermiers, Botticini et Eckstein soulignent des cas où des Juifs libres de posséder de la terre et de s’engager dans l’agriculture firent le même changement vers des professions urbaines et habiles que les Juifs démontrèrent là où les restrictions étaient forcées. Au lieu de cela, ils concentrèrent leur attention sur un événement qui survint en 64 après JC, quand le sage ‘palestinien’ [la terre de Judée a été rebaptisée ‘Palestine’ par les Romains, après la destruction du second Temple en 70 ; Ndt] Joshua ben Gamla publia une ordonnance mandant l’école universelle pour tous les garçons à partir de six ans. L’ordonnance ne fut pas seulement publiée, elle fut exécutée. En l’espace d’environ un siècle, les Juifs, exemple unique parmi les Peuples du monde, avaient effectivement établi l’alphabétisation et l’aptitude au calcul universelle des garçons.

L’explication des auteurs pour le changement consécutif de la ferme aux occupations urbaines se réduit à cela : si vous étiez éduqué, vous possédiez une richesse ayant une valeur économique dans les professions requérant l’alphabétisation et l’aptitude au calcul, comme celles comprenant les ventes et les transactions. Si vous demeuriez un fermier, votre éducation avait peu ou pas de valeur. A travers les siècles, la réalité économique basique a conduit les Juifs à abandonner la ferme et à s’engager dans des professions urbaines.

Jusqu’à présent, Botticini et Eckstein ont apporté une toile de fond explicative au changement de professions qui a son tour produisit la pression de sélection pour l’intelligence décrite par Cochran, Hardy, et Harpending. Mais la pression de sélection dans cette forme classique n’était probablement pas la seule force à l’œuvre. Entre le 1er et le 6ème siècle après JC, le nombre de Juifs dans le monde s’effondra d’environ 4,5 millions à 1,5 million ou moins. Environ 1 million de Juifs furent tués lors des révoltes contre les Romains en Judée et en Egypte. Ils furent dispersés, convertis de force du judaïsme à une autre religion. Une part de la réduction peut être associée avec une chute générale de la population qui accompagna le déclin et la chute de l’Empire Romain. Mais cela laisse encore un énorme nombre de Juifs qui disparurent tout simplement.

Que leur arriva-t-il ? Botticini et Eckstein mettent en avant qu’une force économique était à l’œuvre : pour les Juifs qui demeurèrent des fermiers, l’éducation universelle impliquait un coût qui avait un faible bénéfice. Le temps s’écoulant, ils s’éloignèrent progressivement du judaïsme. Je suis sûr que cette explication a quelque mérite. Mais une explication plus directe pourrait impliquer les exigences intellectuelles accrues du judaïsme.

L’ordonnance de Joshua ben Gamla imposant l’alphabétisation est survenue environ au même moment que la destruction du second Temple - 64 et 70 après JC, respectivement. Tous les deux marquent le moment où le judaïsme a commencé de se transformer activement d’une religion centrée sur les rites et les sacrifices au Temple de Jérusalem, en une religion centrée sur la prière et l’étude de la Torah, dans des synagogues décentralisées et des maisons d’études. Les rabbins et les érudits ont pris un rôle beaucoup plus important comme dirigeants des communautés locales. Puisque le culte de D.ieu impliquait non seulement la prière, mais aussi l’étude, tous les hommes juifs devaient lire s’ils voulaient pratiquer leur foi, et non seulement lire en privé mais être capables de lire à voix haute en présence des autres.

Dans ce contexte, considérez les besoins intellectuels de l’alphabétisation. Les gens avec une intelligence modeste peuvent devenir des lecteurs fonctionnels, mais ne sont capables de lire que de simples textes. La Torah et le livre de prière hébraïque ne sont pas de simples textes ; être même capables de les lire mécaniquement requiert une capacité de lecture assez avancée. Etudier le Talmud et ses commentaires avec quelque compréhension requiert une capacité intellectuelle considérable. En bref, au cours des siècles après la destruction du Temple par Rome, le judaïsme a évolué d’une telle manière que pour être un bon Juif, un homme se devait d’être astucieux.

Qu’arriva-t-il aux millions de Juifs qui disparurent ? Il n’est pas nécessaire de maintenir que les juifs d’intelligence médiocre ne vivaient pas en ville parce qu’ils ne pouvaient pas lire la Torah et ses commentaires couramment. Bien plutôt, peu de gens se satisfont d’une position où leurs défauts sont constamment mis en exergue. C’est la nature humaine de se soustraire à de telles situations. Je suggère que les Juifs qui s’éloignèrent du judaïsme du 1er au 6ème siècles après JC étaient lourdement concentrés parmi ceux qui ne pouvaient pas apprendre à lire assez bien pour être de bons Juifs - signifiant ceux de la moitié inférieure de la distribution de l’intelligence. Même avant que la pression de sélection, en s’élevant parmi les professions urbaines, n’ait commencé d’avoir de l’effet, je mets en avant que le reste des Juifs qui s’identifiaient comme tels autour de 800 après JC avaient déjà une intelligence élevée.

Une fin imprécise demeure. Est-ce que, avant le premier après JC, les Juifs étaient d’un niveau intellectuel ordinaire ? Devons-nous croire que la Bible, une œuvre compilée au cours des siècles et incorporant tout depuis la poésie brillante à l’éthique profonde, avec des narrations qui parlent si éloquemment à l’humaine condition qu’elles ont inspiré un art grandiose, de la musique, et la littérature pendant des millénaires, a été produite par une tribu levantine intellectuellement ordinaire ?

Dans « L’Evolution de l’homme et société » (1969), le généticien Cyril Darlington a présenté la thèse que les Juifs et le judaïsme ont été formés de façon décisive bien avant le 1er avant JC, à savoir, lors de la captivité à Babylone qui commença avec la chute de Jérusalem aux mains des forces de Nabuchodonosor en 568 avant JC.

L’analyse de Darlington touche beaucoup de questions, mais je vais me concentrer uniquement sur la question de l’intelligence.Lecompte-rendubiblique déclare clairement que seul un groupe sélectionné a été emmené à Babylone. Nous lisons que Nabuchodonosor « emporta en exil tout Jérusalem : tous les officiers et les combattants, et tous les artistes et les artisans... Seuls les gens les plus pauvres du pays furent laissés » (2 Rois 24 : 10).

En effet les Babyloniens emmenèrent les élites juives, sélectionnées en partie pour leur haute intelligence, et laissèrent derrière les pauvres et les malhabiles, sélectionnés en partie pour leur faible intelligence. Au temps où les exilés revinrent, plus d’un siècle plus tard, beaucoup de ceux laissés derrière en Judée avaient été absorbés par d’autres religions. Suivant le commandement d’Ezra de “vous séparer vous-mêmes des peuples autour de vous et de vos femmes étrangères” (Ezra 10 : 9), seuls ceux qui renoncèrent à leurs femmes étrangères et leurs enfants furent autorisés à demeurer au sein du groupe. Les exilés de retour, qui formèrent le noyau de la communauté juive reconstituée, comprenaient surtout les descendants des élites juives - probablement une population de loin plus capable, en moyenne, que la population d’avant la captivité.

J’offre la captivité babylonienne comme un mécanisme concret par lequel l’intelligence juive peut s’être élevée très tôt, mais je ne suis pas marié avec. Même sans ce mécanisme, il y a une raison de penser que la sélection de l’intelligence précède le 1er siècle.

Depuis son début même, remontant apparemment à l’époque de Moïse, le judaïsme a été entrelacé avec la complexité intellectuelle. D.ieu commandait aux Juifs de suivre la loi, ce qui signifiait qu’ils devaient étudier la loi. La loi était si étendue et compliquée que ce processus d’apprentissage et de révision n’était jamais terminé. De plus, les hommes juifs n’étaient pas libres de prétendre qu’ils avaient appris la loi, car on commandait aux pères d’enseigner la loi à leurs enfants. Il était évident à tous si les pères échouaient dans leur mission. Aucune autre religion n’a produit autant d’exigences intellectuelles pour l’ensemble du corps de ses fidèles. Bien avant Joshua ben Gamla et la destruction du second Temple, les exigences pour être un bon Juif avaient apporté des incitations pour que les moins intelligents se détachent.

Evaluer les évènements du 1er siècle après JC pose ainsi un problème du type de la poule et l’œuf. Par une analogie, considérez le Chinois écrit avec ses milliers de caractères uniques. Aux tests cognitifs, les Chinois contemporains ont des résultats très bons pour les capacités visio-spatiales. Il est possible, je suppose, que leurs capacités visio-spatiales élevées aient été renforcées par l’obligation d’apprendre les caractères chinois écrits ; mais je trouve bien plus plausible que seuls ceux qui possèdent déjà des capacités visio-spatiales élevées aient jamais pu inventer un langage écrit aussi férocement difficile. De même, je suppose qu’il est possible que les capacités verbales des Juifs ont été renforcées à travers des effets secondaires et tertiaires, par la nécessité d’être capables de lire et de comprendre des textes compliqués après le 1er siècle après JC ; mais je trouve bien plus plausible que seuls ceux qui possèdent déjà des capacités verbales élevées puissent rêver mettre en place une demande aussi exigeante.

Ce raisonnement me pousse plus loin dans le royaume de la spéculation. Jusqu’à présent, comme je suggère que les Juifs peuvent posséder quelque degré de capacités verbales remontant à l’époque de Moïse, je suis nu face au dernier défi des psychologues évolutionnistes. Pourquoi une tribu particulière au temps de Moïse, vivant dans le même environnement que d’autres peuples nomades et agricoles du Moyen-Orient, a-t-elle déjà évolué vers une intelligence alors que les autres ne l’ont pas fait ?

A ce stade, je trouve asile dans mon hypothèse restante, parcimonieusement unique et heureusement irréfutable. Les Juifs sont le Peuple élu de D.ieu.

-------- Au sujet de l’Auteur

Charles Murray travaille à “American Enterprise Institute et il vient de publier : “A Plan to Replace the Welfare State (2006)”.[Un plan pour remplacer l’Etat providence]. Cet article a été adapté par l’auteur à partir d’une présentation à la conférence annuelle d’Herzlyia en Israël, en janvier 2007.