3.2.07

LE PIRE CAUCHEMAR DE L'ETAT JUIF

3 février 2007 - Par Yossi Klein Halevi & Michael B. Oren |
Jewish World Review | Adaptation française de Sentinelle 5767

Les premiers rapports du renseignement militaire sur le programme militaire iranien sont parvenus sur le bureau de Itsh’ak Rabin peu après qu’il soit devenu Premier Ministre en mai 1992. La conclusion de Rabin était sans équivoque : seul un Iran nucléaire, disait-il à ses assistants, pourrait poser une menace existentielle à laquelle Israël n’aurait pas de réponse crédible.

Mais quand il essaya de prévenir l’administration Clinton, il se heurta à l’incrédulité. L’évaluation de la CIA - qui ne changerait pas jusqu’en 1998 - était que le programme nucléaire de l’Iran était civil, et pas militaire. Des officiels de sécurité israéliens perçurent que le jugement de la CIA était influencé par la politique intérieure des USA, et la qualifiaient en privé de « CPIA » - le « P » pour « politisée ».

L’indifférence de Washington aida Rabin à se convaincre que Israël devait se préparer pour une éventuelle frappe préventive, aussi il donna l’ordre d’acheter des bombardiers à longue portée, capables d’atteindre l’Iran. Et il prit une décision fatale : il abandonna son ambivalence sur la négociation avec l’OLP, et approuva des pourparlers officieux conduits entre des membres de la Gauche israélienne et des officiels de l’OLP. La justification de Rabin pour cette volte-face était que Israël devait neutraliser ce qu’il définissait comme le « premier cercle de la menace » - les ennemis le long de ses frontières - de façon à se concentrer sur la confrontation à venir avec l’Iran, le « deuxième cercle de la menace » bien plus dangereux. La stratégie de Rabin, alors, était à l’exact opposé de l’approche récemment recommandée par le « Groupe d’Etude de l’Irak » : là où James Baker et Lee Hamilton veulent traiter avec l’Iran - même au prix de diminuer l’importance de ses ambitions nucléaires - de façon à résoudre des crises dans le monde arabe, Rabin voulait faire la paix avec le monde arabe de façon à prévenir, à tout prix, un Iran nucléaire.

Aujourd’hui, plus d’une décennie plus tard, le pire scénario envisagé par Rabin approche rapidement. Selon le renseignement israélien, l’Iran sera capable de produire une bombe nucléaire dès 2009. A Washington, la crainte augmente que soit Israël, soit l’administration Bush se prépare à ordonner des frappes contre l’Iran. En Israël cependant, il y a une crainte d’un genre différent. Les Israéliens n’ont pas peur que l’Occident agisse sans réfléchir, mais qu’il négligera complètement d’agir. Et alors que les stratèges ici divergent sur l’efficacité relative de sanctions ou d’une frappe militaire, presque tous sont d’accord sur ce point : Israël ne peut vivre avec un Iran nucléaire.

Pendant deux décennies, depuis l’époque du Premier Ministre Menah’em Begin, l’Holocauste était rarement invoqué, sauf aux extrêmes, dans la politique israélienne. Dans les mois récents, cependant, la menace iranienne a ramené la « Solution Finale » au cœur du discours israélien. Des commandants de haut rang de l’armée, qui considéraient probablement autrefois des analogies sur l’Holocauste avec le conflit du Moyen-Orient comme un affront au pouvoir sioniste, parlent aujourd’hui volontiers d’un « Second Holocauste ». Des éditoriaux de couverture, rédigés aussi bien par des commentateurs de Gauche que de Droite, comparent cette époque avec les années 1930. Des Israéliens rappellent comment la communauté internationale avait réagi dans l’indifférence alors qu’une nation armée massivement déclarait la guerre contre le Peuple juif - et ils perçoivent un modèle identique aujourd’hui. Même si les Etats-Unis et l’Europe se sont finalement réveillés au sujet de la menace de l’Iran nucléaire, les appels de l’Iran à la destruction d’Israël tendent à être négligés comme une simple figure de rhétorique par les médias d’information occidentaux. Pourtant, ici en Israël, ces déclarations ont renforcé l’insistance de Rabin à placer l’Iran au sommet des priorités de l’agenda stratégique.

L’un des hommes le plus responsable de faire précisément cela est le membre travailliste du Parlement, et actuel ministre adjoint de la défense Efraïm Sneh, à qui Rabin confia le « dossier Iran » de son gouvernement. Comme la plupart dans « l’establishment » de la défense, Sneh ne croit pas que l’Iran lancerait immédiatement une attaque nucléaire contre Israël. Mais ajoute-t-il, il ne devra pas vraiment utiliser la bombe pour paralyser Israël. « Ils seraient capables de détruire le rêve sioniste sans appuyer sur le bouton », dit-il.

Avec des intonations hachées qui révèlent son long passé militaire, il souligne trois répercussions d’une bombe iranienne. Pour commencer, l’ère des négociations de paix s’achèvera : « aucun partenaire arabe ne sera en mesure de faire des concessions avec un Iran nucléaire au-dessus d’eux ». De plus, Israël verra ses options militaires sévèrement limitées. Un Iran enhardi pourrait fournir au Hezbollah et au Hamas des roquettes à longue portée encore plus mortifères que leurs actuelles Katiouchas et Qassams ; et encore, menacé d’une réponse nucléaire, Israël disposerait de peu de défense contre le feu croissant des roquettes sur sa périphérie Nord et Sud, dont les résidents devraient être évacués vers le centre. Israël a déjà eu un avant-goût d’une évacuation massive au cours de la guerre au Liban l’été dernier. Quand des centaines de milliers de résidents de Galilée furent transformés en réfugiés temporaires. Finalement dit Sneh, des investisseurs étrangers fuiront le pays, et beaucoup d’Israéliens aussi. Dans une enquête récente, 27 % des Israéliens déclarent qu’ils envisageront de partir si l’Iran accédait au nucléaire. « Qui partira ? Ceux qui disposent d’opportunités à l’étranger - l’élite », note Sneh. La promesse du sionisme de créer un foyer juif aura échoué, et à la place, les Juifs considèreront la diaspora comme une option plus fiable aussi bien pour la survie personnelle et collective. Pendant la guerre du Liban, la comédie satyrique de la principale télévision israélienne, « Ô quel pays merveilleux », interrogeait un israélien proclamant que « ceci » était le lieu le plus sûr pour les Juifs - tandis que la caméra revenait en arrière pour révéler que « ceci », c’était Londres.

Même sans la bombe, la menace de l’Iran contre Israël s’accroît. Oeuvrant via le Hezbollah shiite, le Damas alaouite, et le Hamas sunnite, Téhéran a étendu son influence au Liban, en Syrie, et dans les territoires palestiniens. Suite à la perception de la victoire du Hezbollah lors de la guerre du Liban, et à la capacité du Hamas de continuer à tirer des roquettes sur les villes israéliennes malgré des incursions armées répétées à Gaza, l’Iran a prouvé qu’elle peut attaquer Israël dans une quasi impunité. Des journaux iraniens sont emplis d’histoire triomphales sur la supposée érosion de la volonté d’Israël de se battre, et l’effondrement imminent de son armée « post-moderne », comme un récent article l’a exprimé. La confiance en soi de l’Iran a été encouragée par l’échec d’Israël à faire payer un prix par Téhéran pour avoir été à l’origine de la guerre du Liban, et pour le financement des opérations terroristes depuis aussi loin qu’au début des années 1990, quand l’Iran organisa l’attentat à la bombe contre l’ambassade de Buenos Aires, et deux ans plus tard, celle de la communauté juive de cette ville. Israël n’est pas davantage parvenu - pour ne rien dire des forces de maintien de la paix de l’ONU - à empêcher le Hezbollah de se réarmer. Et si l’Iran parvient à surmonter les menaces des USA et les sanctions de l’ONU, et à atteindre la maîtrise nucléaire, elle sera considérée dans tout le monde musulman comme irrésistible.

Un iran. nucléaire aura des conséquences dévastatrices pour les Etats arabes sunnites, aussi. L’Egypte, l’Arabie saoudite, l’Algérie, et plus récemment, la Jordanie ont manifesté leur intérêt dans l’acquisition de la puissance nucléaire. ; Le président égyptien Hosni Moubarak a déclaré explicitement que l’Egypte peut ressentir le besoin de se protéger contre la menace nucléaire de l’Iran. D’autres nations sunnites pourraient suivre - dont la Libye, dont l’inimité envers les Saoudiens peut la ramener dans la course au nucléaire, si Riyad essaie d’acquérir une bombe. Une mêlée générale nucléaire, alors, pourra s’emparer du Moyen-Orient. Dans cette région rongée de crises, tout point critique deviendra un point critique potentiellement nucléaire.

Les répercussions d’un Iran nucléaire porteront bien plus loin que le Moyen-Orient. Téhéran pourrait dicter le prix du pétrole et même contrôler la majorité de sa fourniture à travers le détroit d’Ormuz. Et l’Iran sera en mesure de conduire des opérations terroristes via ses mandataires avec une plus grande immunité. Même sans la menace nucléaire, l’Iran est parvenue à intimider les Saoudiens, en lui faisant relâcher des suspects iraniens de l’attentat à la bombe de Khobar en 1997. De plus, si Téhéran accède au nucléaire, l’illusion d’une communauté internationale capable de faire appliquer l’ordre mondial se dévoilerait bien vite : après tout, si un régime qui a perpétré des attaques terroristes de l’Argentine au Golfe persique peut se moquer des sanctions et acquérir des armes nucléaires, comment les Nations Unies pourraient-elles empêcher de façon crédible qui que ce soit d’autre de faire de même ?

Et ces scénarios terrifiants excluent le scénario le plus terrifiant de tous : l’Iran utilise sa bombe. Dans une enquête, 66 % des israéliens ont répondu qu’ils pensaient que l’Iran lancerait une arme nucléaire contre l’Etat juif. Bien que les experts de la défense soient divisés sur la probabilité d’une attaque nucléaire de l’Iran, chacun des stratèges avec lesquels nous avons parlé pour cet article a considéré le scénario plausible. « Personne ne sait si l’Iran va ou non utiliser la bombe », déclare Sneh. « Mais je ne peux pas prendre le risque ».

Mais les avocats des sanctions croient que, en plaçant formellement l’Iran dans la catégorie de la “menace à la paix internationale”, les Nations Unies ont tacitement conféré aux Etats-Unis et à leurs alliés le pouvoir de poser des sanctions plus dures, qui pourraient déstabiliser l’Iran - comme les efforts tranquilles de l’administration Bush l’an passé, pour faire sortir les banques étrangères de Téhéran. Associés avec les problèmes sociaux et économiques préexistants de l’Iran - un chômage massif masqué, une corruption étendue, et une prostitution et une addiction à la drogue croissantes - et la haine du régime parmi les étudiants et des classes moyennes, des sanctions dures pourraient, croient certains Israéliens, hâter le changement de régime à Téhéran en obligeant le Peuple iranien à payer le prix des provocations de leurs dirigeants. Et avec le changement de régime, bien sûr, la menace posée par une bombe iranienne se relâcherait. Après tout, le problème n’est pas la nucléarisation de l’Iran, mais la nucléarisation de cet Iran là. La simple menace de sanctions supplémentaires a déjà provoqué des augmentations drastiques des prix de la nourriture et du logement à Téhéran - et peut encourager ces parlementaires qui ont signé la lettre de protestation récente à Ahmadinejad. « Les Iraniens sont un peuple très fier » dit l’un des officiels israéliens ayant des années d’expérience à l’intérieur de l’Iran. « Ils ne supporteront pas d’être transformés en parias, et cela augmentera leur ressentiment pour le régime ».

Avec les sanctions, les israéliens appellent à une intervention américaine non violente mais énergique dans la politique intérieure de l’Iran - en finançant l’opposition iranienne, en transformant les émissions américaines en Farsi en « Radio Free Iran », en atteignant des auditoires persans via Internet, et en défiant plus agressivement le gouvernement iranien sur ses abus concernant les droits de l’homme. Les avocats israéliens d’un changement de régime ont pressé Washington d’adopter cette stratégie politique depuis des années, et ne peuvent même pas comprendre pourquoi l’administration Bush a aussi soulevé des objections. « Personne ne déclare ne pas prévoir d’action militaire », dit l’officiel connaissant bien l’Iran. « Mais, étant données les conséquences dévastatrices d’une frappe militaire, pourquoi n’accordons-nous pas une chance à cette stratégie ? ».

Les sceptiques sur les sanctions notent que le cadre temporel est trop étroit, et les risques trop grands pour Israël pour placer ses espoirs dans un changement du régime à long terme. Ils insistent sur le fait que la communauté internationale est incapable de monter des opérations efficaces, qui seraient presque à coup sûr violées par les Russie et la Chine. Oui, reconnaissent-ils, le régime des ayatollahs est en difficulté et tombera finalement - mais pas assez tôt. En effet, les optimistes ont prédit un changement de régime depuis une décennie ; et, quand Mohammed Khatami le réformiste en échec est devenu président en 1997, certains en Occidents avaient déclaré que le changement de régime avait déjà commencé. Mais les dirigeants de l’Iran savent comment se défendre contre des opposants : quand des conducteurs de bus ont organisé une grève sauvage l’an dernier, le dirigeant fut arrêté et sa langue coupée.

Pour ces Israéliens sceptiques sur les sanctions, il reste l’option de la frappe militaire de dernier ressort. Des experts ont déjà reconnu la complexité d’une attaque contre les installations nucléaires de l’Iran, car elles sont dispersées sur des douzaines de sites, certaines lourdement fortifiées et profondément enterrées. Mais une attaque sur trois sites clés - en particulier l’installation d’enrichissement de l’Uranium de Natanz - ramènerait les projets de l’Iran plusieurs années en arrière. Il ne serait pas nécessaire - dit le dernier officiel au sommet de la défense, de détruire les installations nucléaires de l’Iran : en frappant de façon répétée ses accès, le site pourrait être rendu inaccessible. En même temps, Israël bombarderait probablement des installations gouvernementales clés, comme les bases des Gardiens de la Révolution, pour affaiblir la capacité de récupération du régime. Alors que le Peuple iranien manifestera probablement en faveur du gouvernement au début, l’effet combiné d’une attaque militaire, et des sanctions économiques pourrait provoquer une révolte finale, suggère l’ancien officiel de la défense. Des frappes aériennes périodiques, ajoute-t-il, empêcheront des tentatives de reconstruction des sites nucléaires.

Des experts de la défense ont minimisé la possibilité d’installations secrètes inconnues des agences de renseignement occidentales. « Si nous pouvons localiser un islamikaze à la bombe quand il se déplace d’un lieu à l’autre, alors nous savons repérer des cibles statiques, même profondément enterrées », déclare l’ancien officiel de la défense. Pas plus que ces installations ne sont impénétrables comme certains rapports le suggèrent. Youval Steinitz, ancien président de la commission des affaires et de la défense de la Knesset a remarqué : « les Iraniens nous montrent que le projet nucléaire est vulnérable. Celui qui dépense des milliards de dollars pour un simple système anti-aérien autour de sites nucléaires déclare que ces sites sont vulnérables. Il n’y aurait pas besoin d’investir ces sommes si leurs bunkers étaient assez profonds [pour éviter une frappe aérienne] ».

Les forces Aériennes d’Israël [FAI] ont préparé activement une attaque depuis 1993, en augmentant la portée de leurs bombardiers, et en acquérant le matériel nécessaire pour briser des bunkers. « Techniquement, nous avons la capacité » de frapper leurs installations clés, nous a déclaré un ancien commandant de la Force Aérienne. Alors que la réputation de l’armée a été entamée au cours de la guerre du Liban, la Force Aérienne à l’opposé, a bien réussi, détruisant en routine des sites de missiles à longue portée du Hezbollah moins de cinq minutes après un lancement.

Malgré un récent reportage du ‘Sunday Times’ de Londres, concernant un projet d’attaque nucléaire tactique par Israël sur les sites nucléaires de l’Iran, Israël n’introduira certainement pas des armes nucléaires sur le champ de bataille du Moyen-Orient. Cette histoire, certainement semée puis rapidement retirée, faisait probablement partie d’une tentative israélienne en cours, pour d’atteindre deux objectifs : Prévenir la communauté internationale que, si elle échouait à stopper l’Iran par des sanctions, alors « Israël le dingo » sera déchaîné ; et pour empêcher la crise iranienne de se transformer en une question israélienne isolée. Une attaque israélienne pourrait seulement retarder un programme nucléaire iranien, et pas l’éliminer. C’est parce que Israël ne peut soutenir une campagne aérienne contre des cibles éloignées pendant des jours jusqu’à la fin. Cela ne peut être accompli que par les Etats-Unis, peut-être en association avec des nations alliées, en montant des séries suivies de frappes aériennes similaires à la campagne « choquer et frapper de stupeur » conduite contre l’Irak au début de la guerre. Les israéliens cependant, sont divisés sur la probabilité d’une action militaire des USA. Certains experts croient que le Président Bush va attaquer, ne serait-ce que pour ne pas figurer dans l’histoire comme le dirigeant qui a mené la mauvaise guerre en manquant le bon combat. D’autres spéculent qu’un Bush politiquement anéanti abandonnera la résolution de la crise de l’Iran à son successeur.

Si Israël est obligé, par défaut, de frapper, il est probable que cela surviendra dans les 18 prochains mois. Une attaque doit avoir lieu avant que les installations nucléaires ne deviennent radioactives ; trop attendre pourrait provoquer un nombre massif de victimes civiles. Encore, Israël attendra certainement jusqu’à ce qu’il devienne clair que les sanctions ont échoué et que les Etats-Unis ou l’OTAN ne frapperont pas. La décision la plus difficile, alors, sera l’échéancier : déterminer ce moment délicat quand il deviendra clair que la communauté internationale a échoué, mais avant que les installations ne deviennent létales.

Israël avertira Washington avant une frappe : « Nous ne surprendrons pas les Américains, étant donnée la probabilité de représailles iraniennes contre des troupes américaines en Irak ou ailleurs au Moyen-Orient », dit un analyste proche de la communauté du renseignement. La permission des USA sera nécessaire si Israël choisit d’envoyer ses avions au-dessus de l’espace aérien irakien - et l’espoir ici est que cette permission sera accordée. (Israël a deux autres routes d’attaque possibles, toutes deux problématiques : au-dessus de l’espace aérien turc, et le long de la frontière saoudo irakienne vers le Golfe persique. Pourtant, selon l’ancien commandant de la Force Aérienne, si Israël décide d’agir, « Nous agirons seuls, non pas comme des émissaires de qui que ce soit ».

Que ce soient les Israéliens ou d’autres forces occidentales qui réalisent la frappe aérienne, l’Iran exercera très certainement des représailles contre l’Etat juif. Les experts sont en désaccord cependant, au sujet de l’étendue de l’attaque iranienne et de la capacité d’Israël à la contenir. Certains disent que, alors que des missiles iraniens frapperont des villes israéliennes et des Katiouchas du Hezbollah et des Qassams du Hamas tomberont en quantités massives, les systèmes israéliens anti-balistiques et de la défense civile, associés à sa capacité de représailles, suffiront à contenir la menace. Les optimistes minimisent aussi la capacité de l’Iran à monter des attaques terroristes en Occident : le 11 septembre a provoqué un niveau sans précédent de coopération entre les services de renseignement occidentaux, et ils contrôlent les cellules dormantes aussi bien que les diplomates iraniens, considérés comme ayant utilisé leur accès privilégié à des explosifs de contrebande.

Le scénario des pessimistes, cependant, est décourageant. Non seulement des missiles iraniens pourraient - peut-être en transportant des têtes chimiques - dévaster des villes israéliennes, mais, si les Syriens s’y joignent, alors des centaines de missiles à longue portée tomberont aussi. Et si Israël lance des représailles en bombardant Damas, cela pourrait déclencher des exigences du public dans d’autres pays arabes de se joindre à la guerre contre Israël. Le résultat pourrait être une menace conventionnelle à l’existence d’Israël.

Ce scénario en conduit certains dans les hautes sphères de la sécurité à appeler à des pourparlers de paix renouvelés avec la Syrie, destinés à la retirer du front pro-iranien. Le débat qui s’enfle sur la Syrie place le Mossad - qui déclare qu’il n’est plus possible de séparer Damas de Téhéran - contre le renseignement militaire, qui croit que le président Bashar Assad veut des négociations avec Israël, ne serait-ce que pour écarter la menace de sanctions contre Damas pour son rôle présumé dans l’assassinat de dirigeants libanais.

Il n’y a pas de débat parmi les israéliens, cependant, sur la sagesse de négociations entre l’Occident et l’Iran. Cela, les officiels de la défense « en sont d’accord, serait la pire de toutes les options ». Des négociations qui ont commencé maintenant seraient survenues en un moment où l’Iran s’est sentie en phase ascendante. Le temps pour négocier avec l’Iran, disent certains, se situait immédiatement après le triomphe initial des USA en Irak, pas maintenant, alors que les Etats-Unis perdent la guerre. Dans ces circonstances, des négociations offriraient seulement du temps au régime pour poursuivre son programme nucléaire. Des pourparlers créeraient un espoir sans fondement, minant l’urgence des sanctions. Et pour reprendre des négociations avec le régime iranien - malgré sa mauvaise foi répétée dans les pourparlers antérieurs sur son programme nucléaire - adresserait le mauvais message au Peuple iranien : que le régime dispose d’une légitimité internationale, et que la résistance est inutile.

Recouvrant le discours israélien au sujet de l’Iran nucléaire, il y a la récente conférence de négation de l’Holocauste à Téhéran - et ce que les Israéliens considèrent comme une réponse internationale scandaleusement inadéquate. Alors que la conférence était condamnée en Occident, les Israéliens attendaient de la communauté internationale de la traiter comme quelque chose de plus qu’un divertissement bizarre. En effet, pour les israéliens, la conférence offrait déjà l’avertissement le plus clair sur la vraie nature de la menace iranienne contre l’Etat juif.

En niant l’Holocauste, Ahmadinejad a pour objectif de saper ce qu’il croit être la seule justification de l’existence d’Israël. Dans les années précédant la Seconde Guerre Mondiale, les propagandistes nazis ont préparé l’Europe à la solution finale en déshumanisant les Juifs ; Maintenant, Ahmadinejad prépare le monde musulman à la destruction de l’Etat juif en délégitimant son histoire. Et pas seulement le monde musulman : la négation de l’Holocauste est aussi destinée à l’Occident, que beaucoup de Musulmans croient soutenir Israël uniquement de par la culpabilité de l’Holocauste. Ôter cette culpabilité, et Israël est sans défense. « La résolution de la question de l’Holocauste prendra fin avec la destruction d’Israël », a commenté Mohammed Ali Ramin, chef du nouvel institut iranien dédié à la négation de l’Holocauste.

Le philosophe français André Glucksmann a noté que, en menaçant de détruire Israël et en obtenant les moyens de le faire, l’Iran viole les deux tabous sur lesquels l’ordre postérieur à la Seconde Guerre Mondiale a été construit : Plus jamais Auschwitz ; Plus jamais Hiroshima. La communauté internationale dispose désormais de l’opportunité de maintenir cet ordre. Si elle échoue, alors Israël ne disposera d’aucun autre choix que de maintenir son rôle de refuge pour le Peuple juif. Un Etat juif qui se permettrait d’être menacé par des armes nucléaires - par un pays qui nie le génocide contre les six millions de Juifs d’Europe, tout en menaçant les six millions de Juifs d’Israël - perdrait son droit de parler au nom de l’histoire juive. Heureusement, même le gouvernement d’Ehud Olmert, largement critiqué pour incompétence et corruption, semble comprendre que, sur cette question au moins, il ne peut pas faillir.